Résumé

  • Ce que G42 peut réellement déployer se mesure par étapes, pas par communiqués : une autorisation d'exportation de novembre 2025 équivalant à environ 35 000 puces Blackwell GB300, un premier tronçon de 200 MW de Stargate UAE encore en construction, et 650 MW opérationnels chez Khazna.
  • Le cadre réglementaire qui conditionne ces chiffres lui-même a changé en cours de route : la règle américaine sur la diffusion de l'IA a été abrogée en mai 2025 avant d'avoir produit ses effets.

Toute évaluation sérieuse de G42 commence par distinguer les étapes du cycle de déploiement : ce qui est annoncé, ce qui est autorisé, ce qui est en construction et ce qui est opérationnel. Le registre public, tel que rapporté par des tiers et par l'entreprise elle-même, donne une image nettement plus modeste que les annonces de lancement.

Commençons par les puces. Selon Reuters, un projet d'accord américano-émirien rapporté le 14 mai 2025 aurait permis aux Émirats arabes unis d'importer jusqu'à 500 000 puces Nvidia avancées par an, dont environ 100 000 par an (20 %) allouées à G42, le reste devant aller à des entreprises américaines comme Microsoft et Oracle ; les exigences de sécurité étaient renvoyées à un groupe de travail ultérieur [https://www.reuters.com/business/finance/us-close-letting-uae-import-millions-nvidias-ai-chips-sources-say-2025-05-14/]. Mais le 6 juin 2025, Reuters rapportait encore, sur la base de cinq sources, que les conditions de sécurité et les mécanismes d'application n'avaient pas été déterminés et que l'accord restait loin d'être finalisé [https://www.reuters.com/business/finance/us-uae-multi-billion-dollar-ai-data-campus-deal-far-finalised-sources-say-2025-06-06/].

L'issue concrète est venue en novembre 2025 : Reuters a rapporté le 19 novembre que le ministère américain du Commerce avait autorisé l'exportation de puces IA équivalant à environ 35 000 Blackwell GB300 chacune pour G42 et pour Humain en Arabie saoudite, conditionnées à des exigences rigoureuses de sécurité et de reporting, une valeur estimée à environ un milliard de dollars [https://www.reuters.com/business/finance/us-authorizes-export-advanced-american-semiconductors-companies-saudi-uae-2025-11-19/], dans le cadre d'une vague d'autorisations visant des entreprises saoudiennes et émiraties [https://www.reuters.com/business/finance/us-authorizes-export-advanced-american-semiconductors-companies-saudi-uae-2025-11-19/]. L'écart entre les ~100 000 par an évoqués dans le projet de mai et les ~35 000 autorisés en novembre est le chiffre central de cet article : il mesure la distance entre l'intention annoncée et ce que le contrôle des exportations a effectivement permis.

G42 a présenté cette autorisation comme le passage « de la planification au déploiement à pleine échelle », en affirmant que son Regulated Technology Environment (RTE) est approuvé selon les lignes directrices du Commerce/BIS américains et qu'elle exploite déjà trois supercalculateurs du TOP500, dont les numéros 2 et 3 de la région, plus un système Maximus-01 annoncé à New York [https://www.g42.ai/resources/news/g42-receives-us-approval-advanced-ai-chip-exports-enabling-full-scale-deployment-trusted-ai-infrastructure]. Ces affirmations relèvent de l'entreprise et n'ont pas été vérifiées indépendamment ici ; elles servent de plafond déclaré, non de preuve d'exploitation.

Le cadre réglementaire lui-même a bougé. La règle sur la diffusion de l'IA de l'administration Biden, publiée le 15 janvier 2025 avec une date de conformité au 15 mai 2025 [https://www.federalregister.gov/documents/2025/01/15/2025-00636/framework-for-artificial-intelligence-diffusion], a été abrogée en mai 2025, le BIS étant prié de ne pas l'appliquer tout en annonçant des mesures complémentaires de contrôle [https://www.bis.gov/press-release/department-commerce-announces-rescission-biden-era-artificial-intelligence-diffusion-rule-strengthens]. Selon l'analyse de la RAND Corporation, cette règle aurait plafonné les pays de rang 2 — catégorie qui incluait les Émirats — à environ 100 000 équivalents H100 par pays en 2025, 270 000 en 2026 et 320 000 en 2027, avec une obligation pour les entreprises américaines de conserver au moins 50 % de la puissance de calcul aux États-Unis [https://www.rand.org/pubs/perspectives/PEA3776-1.html]. Ces plafonds n'ont jamais produit leurs effets ; la voie actuelle passe par des autorisations au cas par cas.

Côté centres de données, les étapes sont tout aussi tranchées. Stargate UAE est annoncé comme un cluster de 1 GW développé par Khazna Data Centers dans le campus IA Émirats-États-Unis de 5 GW prévu à Abu Dhabi ; selon G42 en octobre 2025, la première tranche de 200 MW était en construction pour une livraison prévue en 2026 [https://www.prnewswire.com/news-releases/g42-provides-update-on-construction-of-stargate-uae-ai-infrastructure-cluster-302586401.html]. Reuters rapportait en mai 2025 que la première phase devait être mise en service en 2026, vraisemblablement avec 100 000 puces Nvidia, sur un site d'Abu Dhabi de 10 miles carrés appelé à accueillir 5 GW [https://www.reuters.com/business/media-telecom/stargate-uae-ai-datacenter-begin-operation-2026-2025-05-22/]. OpenAI a annoncé le projet avec G42, Oracle, NVIDIA, Cisco et SoftBank, en coordination avec le gouvernement américain [https://openai.com/index/introducing-stargate-uae/], et G42 a annoncé son lancement avec la Global Tech Alliance [https://www.g42.ai/resources/news/global-tech-alliance-launches-stargate-uae]. Aucun de ces documents ne décrit de capacité opérationnelle : ce sont des annonces et un chantier.

En revanche, l'agence de presse officielle WAM a rapporté que Khazna Data Centers avait atteint 650 MW de capacité opérationnelle [https://www.wam.ae/en/article/bm78mlz-khazna-data-centres-hits-650mw-operational]. Khazna, décrite sur son site comme un acteur majeur des centres de données au Moyen-Orient et en Afrique du Nord [https://khaznadatacenters.com/], a par ailleurs annoncé plus de 1 GW de capacité hyperscale supplémentaire dans plusieurs pays d'ici 2030 [https://khaznadatacenters.com/press-release/khazna-data-centers-to-add-over-1gw-hyperscale-capacity-across-multiple-countries-by-2030/]. Le reporting sur sa structure la rattache à MGX et Silver Lake au sein du groupe G42 [https://www.middleeastainews.com/p/khazna-data-centers-mgx-silverlake]. La capacité opérationnelle vérifiable de l'écosystème G42 se lit donc chez Khazna, pas dans Stargate.

Le socle d'exploitation existant comprend aussi Core42, la filiale cloud de G42, qui a annoncé l'expansion de son offre IA cloud avec du matériel Nvidia [https://www.g42.ai/resources/news/core42-expands-its-ai-cloud-offering-using-nvidia-accelerated-computing], et une présence dans le classement TOP500 [https://www.top500.org/system/180314/]. Le contexte géopolitique est documenté par CSIS [https://www.csis.org/analysis/united-arab-emirates-ai-ambitions], par un reporting d'Axios de décembre 2024 sur les arrangements Microsoft-G42 autour des puces [https://www.axios.com/2024/12/07/us-uae-microsoft-g42-ai-chips] et par l'annonce de novembre 2025 d'une expansion de 200 MW de capacité de centre de données par Microsoft et G42 aux Émirats [https://www.reuters.com/world/middle-east/microsoft-g42-announce-200-mw-data-centre-capacity-expansion-uae-2025-11-05/] ; Bloomberg avait rapporté en avril 2024 un engagement secret de G42 envers les États-Unis de se désengager de la Chine avant l'accord avec Microsoft [https://www.bloomberg.com/news/articles/2024-04-16/g42-made-secret-pact-with-us-to-divest-from-china-before-microsoft-deal].

Une limite de méthode doit être énoncée clairement : les sources citées ici ont été examinées via des instantanés de résultats de recherche, pas en texte intégral. Trois tentatives d'inspection directe des documents ont échoué pour des raisons techniques. Chaque chiffre ci-dessus vaut donc comme affirmation rapportée par sa source, non comme document vérifié indépendamment.

La conclusion du registre public est mesurée : G42 exploite une base réelle — 650 MW chez Khazna, du supercalcul classé, un cloud IA — mais le projet qui définit son ambition, Stargate UAE, reste au stade du chantier avec 200 MW en construction sur 1 GW annoncés, et son accès aux puces de pointe est plafonné par des autorisations bien plus étroites que les intentions initiales. Les contraintes d'exportation et de gouvernance n'ont pas bloqué le déploiement ; elles l'ont rythmé.