Résumé

  • CoreWeave chiffre ses contrats courts : environ trois à six mois, à un niveau correspondant à 40 millions de dollars de revenus annualisés par mégawatt. L'annualisation ne transforme pas la réservation en engagement d'un an.
  • L'entreprise amortit ses équipements technologiques sur six ans. Cette estimation est publique ; la capacité à leur trouver du travail rémunérateur après chaque contrat reste, elle, une question commerciale.

Le client achète un accès à de la puissance de calcul, pas les machines. Lorsqu'une réservation s'achève, les serveurs restent chez CoreWeave, avec leurs coûts et la possibilité de servir quelqu'un d'autre. C'est dans cette seconde vie, puis dans les suivantes, que se joue une partie de l'économie du fournisseur de cloud.

Avant même de chercher de nouveaux clients, CoreWeave doit servir ceux qui ont déjà réservé. Ses comptes évaluent la part de ces engagements correspondant à des services encore à fournir. C'est ce que recouvre le sigle RPO, pour « obligations de prestation restant à satisfaire ». Un client peut avoir payé d'avance sans avoir encore utilisé la puissance promise : recevoir son argent et lui rendre le service sont deux choses différentes.

Au 30 juin 2026, cette activité restant à fournir représentait 103,7 milliards de dollars. CoreWeave prévoyait d'en comptabiliser 41 % comme revenus durant les deux années suivantes, jusqu'en juin 2028. Pour un client, le sujet n'est donc pas seulement la taille des réservations : c'est la capacité du fournisseur à tenir ses engagements au moment où il aura besoin des machines.

La suite s'étale davantage : 39 % entre le 25e et le 48e mois, puis le solde entre le 49e et le 78e. Ces tranches décrivent la période pendant laquelle CoreWeave attend des revenus de ses services. Elles ne sont ni un calendrier des encaissements ni les dates de livraison de chaque installation. Rapport du deuxième trimestre.

Quelques mois vendus, un tarif annualisé

Le communiqué du 17 septembre décrit une autre partie de cette activité : de nouveaux contrats clients conclus au troisième trimestre pour environ trois à six mois. CoreWeave indique un niveau d'environ 40 millions de dollars par MW, calculé en divisant les revenus annualisés par la puissance nécessaire aux groupes de serveurs concernés. Il s'agit bien de ventes aux clients, non du prix d'achat de ses propres approvisionnements. Communiqué de CoreWeave.

L'unité est connue. Elle ne répond pourtant pas à toutes les questions d'un acheteur. Pour comparer cette offre à une autre, il faudrait encore rapprocher les équipements, les services et le travail qu'ils permettent d'accomplir. Le montant par MW n'est pas un prix par heure de GPU. Et annualiser une réservation de quelques mois ne promet aucun revenu pour les mois suivants.

Un bon tarif de courte durée peut être une excellente affaire. Mais il ne décrit ni le prix moyen déjà obtenu sur l'ensemble des contrats, ni ce que paiera le prochain client. C'est une indication de ventes récentes fournie par le vendeur, pas un relevé indépendant du marché.

Rectificatif du 21 octobre 2026 : la précédente version affirmait à tort que le communiqué ne précisait ni unité de prix ni durée et laissait indéterminé le sens, achat ou vente, de l'opération. Nous avons également corrigé les passages concernant les durées d'amortissement publiées, les conditions contractuelles et la date de l'évolution historique chez Amazon. Les références primaires remplacent les citations inexactes ; la date de publication initiale est conservée.

Réserver, payer et recevoir le service

Les contrats courts ne résument pas CoreWeave. Son rapport annuel décrit des engagements initiaux généralement compris entre un et six ans. Le client doit habituellement payer même s'il utilise moins que la capacité réservée. Les revenus sont reconnus au fil de la période de service, tandis que les offres à la demande suivent la consommation. Les avances sont d'abord comptabilisées en produits constatés d'avance. Encaisser et avoir réalisé la prestation restent deux étapes distinctes. Rapport annuel 2025, comptabilisation des revenus.

Cette différence est concrète pour un acheteur qui attend de lancer ses calculs. Un engagement ferme peut lui garantir une place dans un marché contraint ; il ne remplace pas la mise à disposition d'un service utilisable. Pour le fournisseur, il apporte une meilleure visibilité sur les paiements sans effacer le travail de livraison.

Les RPO traduisent cette promesse avec leurs propres règles : sommes déjà facturées ou restant à facturer, diminuées d'ajustements estimés, notamment pour certains crédits de service et retards. Leurs tranches de reconnaissance ne constituent ni un échéancier d'encaissement ni la durée de chaque contrat.

Il faut aussi regarder qui contribue aux revenus. Trois clients non nommés en représentaient respectivement 36 %, 26 % et 10 % au deuxième trimestre. Ces parts ne sont pas celles du carnet de commandes. Elles montrent néanmoins pourquoi la décision de livraison ou de renouvellement de quelques acheteurs peut peser lourd.

Une durée comptable ne remplit pas une salle de serveurs

CoreWeave retient six ans pour ses équipements technologiques et pratique l'amortissement linéaire. Le passage de cinq à six ans pour le matériel informatique date de janvier 2023 ; l'entreprise chiffre à 20 millions de dollars la baisse des charges de cette année-là due à la révision. Le rapport du deuxième trimestre 2026 ne signale pas de modification importante de ces méthodes.

Répartir le coût sur davantage d'années allège la charge de chaque année, toutes choses égales par ailleurs. Cela ne rembourse pas l'achat. Il faut encore que le matériel rende un service pour lequel quelqu'un souhaite payer, à un prix qui laisse une marge après les dépenses nécessaires.

L'histoire du secteur fournit des exemples, pas une norme physique. Amazon avait porté la durée estimée de ses serveurs de quatre à cinq ans, et celle de son matériel réseau de cinq à six, dès janvier 2022. Microsoft est passé de quatre à six ans pour ces deux catégories à partir de son exercice 2023. Aucune de ces décisions historiques ne prouve combien de temps un GPU donné restera compétitif. Amazon ; Microsoft.

Un équipement moins performant que la dernière génération peut trouver d'autres usages rentables. À l'inverse, un contrat long peut coûter trop cher à exécuter. Faire coïncider la durée du contrat avec celle de l'amortissement ne suffit donc pas à démontrer que l'investissement sera récupéré.

Ce qui reste après la signature

Le risque se loge dans les conditions précises. Le rapport annuel prévoit, dans la politique générale de remboursement, des exceptions pour manquement substantiel non corrigé, faillite ou insolvabilité. Ce n'est ni une garantie de récupérer immédiatement toutes les avances, ni la preuve qu'elles seraient perdues quoi que dise le contrat.

Même précision du côté du financement : le rapport trimestriel distingue les dettes avec et sans recours. Les sûretés et garanties limitées de DDTL 4.0 appartiennent à cette facilité particulière. Elles ne décrivent pas tous les engagements du groupe. Une échéance finale n'indique pas non plus à elle seule quand les premiers remboursements doivent commencer.

Enfin, un mauvais renouvellement ne déclenche pas automatiquement une dépréciation. CoreWeave décrit une appréciation de la recouvrabilité des actifs, puis une mesure de la perte éventuelle à partir de leur juste valeur. Réviser une estimation, retirer une machine et constater une perte de valeur ne sont pas des opérations interchangeables.

La prochaine réservation sera donc un meilleur test qu'une nouvelle métaphore comptable. À quel prix arrivera-t-elle, après combien de temps, et pour quel coût de service ? Le communiqué éclaire le tarif récent. La réponse à ces trois questions dira si les serveurs peuvent continuer leur carrière dans de bonnes conditions.