Résumé

  • Le chiffre d'affaires du deuxième trimestre 2026 atteint 2 575 millions de dollars, contre 1 212 millions un an plus tôt, tandis que le résultat d'exploitation devient une perte de 49 millions de dollars.
  • Le carnet de commandes déclaré, environ 104 milliards de dollars au 30 juin 2026, est conditionnel à la livraison et à la disponibilité du service ; sa conversion dépend de la capacité effectivement mise sous tension, qui atteignait 1,5 gigawatt à cette date.
  • Les dépenses d'investissement du trimestre (9,4 milliards de dollars) et la charge d'intérêts nette (640 millions de dollars) progressent plus vite que le chiffre d'affaires, ce qui déplace le risque du côté du financement et de l'exécution.

Du contrat signé à l'heure de calcul facturée

CoreWeave définit son carnet de commandes comme la somme des obligations de performance restantes et d'autres montants qu'elle estime pouvoir comptabiliser en revenus au titre de contrats clients engagés, « sous réserve de la satisfaction des exigences de livraison et de disponibilité du service » (communiqué du 11 août 2026). La formulation est comptable ; elle décrit aussi une chaîne industrielle. Un contrat signé fixe un droit, un volume et un calendrier. Il ne devient un revenu qu'une fois la capacité construite, raccordée au réseau électrique, mise en service, refroidie et effectivement disponible pour le client. Chaque maillon se mesure séparément : engagement contractuel, dépense d'investissement, puissance active, chiffre d'affaires reconnu.

La société précise ce que recouvrent les obligations de performance restantes — le total agrégé des engagements contractuels non encore livrés, montants facturés et non facturés compris — et en déclarait 30,1 milliards de dollars au 30 juin 2025, contre 16,2 milliards un an plus tôt. La même présentation fait état de 753 millions de dollars d'EBITDA ajusté, soit une marge de 62 %, et de 2,9 milliards de dollars de dépenses d'investissement sur le trimestre (présentation du deuxième trimestre 2025).

Un carnet qui croît plus vite que les revenus

Fin juin 2025, le carnet s'élevait à 30,1 milliards de dollars pour 1 212,8 millions de revenus trimestriels, une perte nette de 290,5 millions et 266,9 millions d'intérêts nets (communiqué du deuxième trimestre 2025). Trois mois plus tard, il atteignait 55,6 milliards, avec 1 364,7 millions de revenus et une perte nette de 110,1 millions (communiqué du troisième trimestre 2025). Au 31 décembre 2025, il s'élevait à 66,8 milliards pour un quatrième trimestre clos sur 1 572 millions de revenus et une perte nette de 452 millions ; l'exercice 2025 totalise 5 131 millions de revenus et 1 167 millions de perte nette (résultats du quatrième trimestre et de l'exercice 2025).

La progression s'accélère en 2026 : 99,4 milliards de dollars au 31 mars, puis environ 104,2 milliards au 30 juin, un total qui exclut plus de 25 milliards de dollars de nouveaux engagements nets annoncés pour le début du troisième trimestre, selon Reuters. La présentation trimestrielle ventile le montant de fin juin en 103,7 milliards d'obligations de performance restantes et 0,5 milliard d'autres revenus estimés, et chiffre les dépenses d'investissement à 9,4 milliards de dollars sur le trimestre et 16,1 milliards sur le premier semestre (présentation du deuxième trimestre 2026).

Rapportés au carnet de clôture, les revenus trimestriels représentent environ 4,0 % au deuxième trimestre 2025 et environ 2,5 % au deuxième trimestre 2026. Cet indicateur n'est pas publié par la société, et il compare un flux trimestriel à un stock pluriannuel ; son évolution mesure néanmoins l'ampleur du travail de livraison restant.

Le coût de la conversion

Le deuxième trimestre 2026 se solde par 2 575 millions de dollars de revenus, une perte d'exploitation de 49 millions et une perte nette de 626 millions, soit 1,14 dollar par action ; la charge d'intérêts nette atteint 640 millions, contre 267 millions un an plus tôt. Sur le premier semestre 2026, les revenus totalisent 4 653 millions et la perte nette 1 366 millions, contre 605 millions un an plus tôt. Les mesures ajustées retiennent 1 510 millions d'EBITDA (marge de 59 %), 128 millions de résultat d'exploitation ajusté et une perte nette ajustée de 567 millions (version déposée auprès de la SEC).

L'enveloppe prévisionnelle d'investissement pour 2026 a été relevée à 35-39 milliards de dollars, contre 31-35 milliards auparavant, et la société vise plus de 1,85 gigawatt de puissance active à la fin de l'année, contre 1,5 gigawatt déclaré au 30 juin ; pour le troisième trimestre 2026, la fourchette de revenus annoncée va de 3,4 à 3,6 milliards de dollars, et de 12,4 à 13,2 milliards pour l'ensemble de l'exercice, avec un résultat d'exploitation ajusté de 960 millions à 1,15 milliard (selon CNBC).

Ce qui décide la suite

Les données publiées décrivent une contrainte qui n'est pas la demande. Le carnet continue de croître, y compris par de nouveaux engagements non encore comptabilisés, et le programme d'investissement a été relevé alors que la puissance active déclarée, 1,5 gigawatt au 30 juin, reste en retrait de l'objectif de plus de 1,85 gigawatt fixé pour la fin de l'année.

Trois étapes peuvent faire dévier la trajectoire : la mise sous tension et le raccordement électrique, qui déterminent la date à laquelle un engagement devient facturable ; le coût du capital, la charge d'intérêts nette ayant progressé d'environ 140 % en un an, soit une part des revenus passée d'environ 22,0 % à environ 24,9 % ; et la concentration des engagements, dont la répartition par client et par durée n'est pas divulguée.

Quatre évolutions inverseraient ce diagnostic : une nouvelle baisse du rapport entre revenus trimestriels et carnet de clôture accompagnée d'un relèvement de l'enveloppe d'investissement ; une charge d'intérêts progressant plus vite que les revenus un deuxième exercice de suite ; une baisse séquentielle du carnet ; ou une réduction des prévisions de revenus annuels sans réduction correspondante de l'enveloppe d'investissement ou de l'objectif de puissance.

À ce stade, aucun élément public ne fait état de résiliation, de renégociation ou de radiation d'engagements clients, et l'entreprise n'a pas publié de profil de maturité de son carnet.