Summary

  • AMS-IX indique que l’Eastern Caribbean IX relie désormais Saint Eustatius, Saba, Saint Martin, Saint Barths et Saint Kitts, en combinant l’infrastructure locale d’EUTEL, la fibre sous-marine de SSCS et la plateforme d’échange d’AMS-IX.
  • Une présence géographique n’est pas une mesure du trafic. Les sources publiques ne montrent pas encore la participation de chaque île après l’extension, la part du trafic local, l’évolution de la latence ni les résultats pour les clients.

Le 7 octobre, AMS-IX a annoncé que cinq îles des Caraïbes orientales étaient désormais connectées par l’Eastern Caribbean Internet Exchange. Le titre évoque un réseau régional achevé. Le communiqué décrit plus précisément une plateforme d’interconnexion dont l’empreinte physique couvre cinq îles et dont la valeur augmentera si d’autres réseaux la rejoignent.

Ces affirmations ne sont pas équivalentes. Un câble peut atteindre une île sans que tous les réseaux locaux soient présents sur un échange. Une plateforme peut compter des participants sans que l’on sache quelles routes ils annoncent, acceptent ou utilisent. Enfin, un chemin théoriquement plus court ne prouve pas que le trafic d’un abonné l’emprunte, ni que le service s’améliore.

Le communiqué attribue des fonctions distinctes à trois partenaires. EUTEL fournit une présence et une infrastructure locales à Saint Eustatius. Saba Statia Cable System, ou SSCS, apporte la connectivité par fibre sous-marine entre les îles. AMS-IX fournit la technologie et l’expertise de la plateforme où les réseaux et fournisseurs de contenus peuvent se connecter et échanger du trafic. Les cinq points cités sont Saint Eustatius, Saba, Saint Martin, Saint Barths et Saint Kitts.

Cette répartition sépare l’échange du transport qui le sous-tend. Un point d’échange crée un lieu et des modalités techniques permettant aux réseaux participants de faire du peering. Le système de fibre transporte les données entre les sites. Les réseaux d’accès locaux relient ensuite ménages, administrations et entreprises à leurs fournisseurs. Pour qu’une requête reste dans la région, chaque couche doit disposer d’un chemin adapté et les réseaux concernés doivent avoir choisi d’échanger le trafic de cette façon.

AMS-IX affirme que la nouvelle connexion peut permettre des échanges plus directs au lieu de routes internationales plus longues. L’opérateur avance une baisse de latence, de meilleures performances et un usage plus efficace de la connectivité internationale. Ce sont des effets plausibles de l’interconnexion locale, mais le communiqué ne fournit ni mesure avant/après, ni volume de trafic, ni part des routes, ni statistiques de panne, ni résultat par île. Il ne nomme pas non plus le grand fournisseur de contenus qu’il dit déjà connecté.

Le communiqué établit le déploiement et l’intention de l’opérateur, pas les résultats d’une étude de terrain.

La fiche publique PeeringDB offre un repère utile mais limité. Elle situe l’Eastern Caribbean IX à Sint Eustatius et répertorie sept réseaux et huit connexions. Sa dernière mise à jour remonte au 3 avril 2025, bien avant l’extension annoncée en octobre 2026. Elle ne permet donc pas d’établir les membres actuels ni l’activité des routes après l’extension. Elle montre pourquoi un annuaire daté ne doit pas être présenté comme un recensement du trafic en temps réel.

D’autres sources permettent de distinguer la résilience physique du routage local. Une évaluation commandée par le gouvernement néerlandais et publiée en février 2026 décrit le câble SSCS comme reliant Saba et Saint Eustatius à Sint Maarten, Saint-Barthélemy et St Kitts/Nevis. Selon cette évaluation, plusieurs caractéristiques rendent le système largement redondant, permettent d’acheter de la capacité auprès de différents acteurs du marché et redondent l’itinéraire entre Bonaire et les deux îles du nord vers les Pays-Bas européens. Ce constat concerne la conception du câble et les options de route.

Il ne mesure pas la part du trafic que le nouvel échange conserve dans la région et ne garantit pas la disponibilité de tous les réseaux d’accès ou services d’échange en cas d’incident.

La même évaluation justifie la participation publique à SSCS par l’importance de la liaison pour deux petites îles et par la concentration d’un marché télécom international. Elle conclut que cette participation reste justifiée et proportionnée, tout en demandant davantage de gouvernance et de transparence. Le gouvernement a accepté la recommandation de créer un conseil de surveillance ; SSCS a ensuite indiqué que son premier conseil devait entrer en fonction en septembre 2026. Un câble peut disposer de routes redondantes alors que son entreprise a encore besoin d’un contrôle clair et de comptes rendus publics.

Résilience physique et responsabilité institutionnelle sont complémentaires.

Les données historiques de coûts de l’évaluation doivent aussi rester dans leur périmètre. EBA indique que le transit IP entre Saba/Saint Eustatius et Miami coûtait 450 dollars par Mbit en 2012, puis avait baissé de 99 % depuis 2021. L’étude attribue une partie de l’évolution à la baisse du transit et relève aussi les subventions, remises, volumes de données et offres différentes. Ces observations précèdent le nouvel échange. Elles n’isolent aucun effet de l’extension d’octobre et ne permettent pas de promettre de futures baisses de prix.

La prochaine preuve devra être datée et opérationnelle. Il faudrait publier les réseaux qui ont rejoint la plateforme depuis l’extension et les îles qu’ils desservent ; documenter les politiques de routes, les préfixes annoncés, les règles d’acceptation via serveurs de routes ou sessions bilatérales et les cas où le trafic peut sortir de la région ; puis communiquer les volumes agrégés échangés localement et la disponibilité des routes sur une période définie. Enfin, comparer latence et perte de paquets avant/après avec des sondes représentatives, des points de mesure et une méthode publiés.

Les incidents de câble, d’échange et d’accès local doivent rester distincts.

Les faits disponibles confirment une étape réelle : l’empreinte annoncée de l’Eastern Caribbean IX couvre désormais cinq îles grâce à une combinaison identifiée de présence locale, de fibre sous-marine et de technologie d’échange. Ils rendent possible une interconnexion régionale plus directe. Ils n’établissent pas encore la participation de tous les réseaux insulaires, un changement mesuré des routes ou un bénéfice observé par les clients. La réussite se verra dans les réseaux qui rejoignent l’échange, les routes qu’ils utilisent et les résultats que les opérateurs pourront démontrer, pas dans le seul nombre d’îles.

La Note 36 de Heng Lu sert ici de repère éditorial : décrire le fonctionnement réel et distinguer l’exploitation documentée du discours de promotion. Elle ne constitue pas une preuve sur l’Eastern Caribbean IX ni sur ses performances.

Sources : communiqué d’AMS-IX du 7 octobre ; lettre du gouvernement néerlandais sur l’évaluation SSCS et rapport EBA ; fiche PeeringDB de l’échange ; registre des points de présence de PCH ; informations de SSCS.

Sources