Résumé

  • Vodacom indique qu’Eskom a rapproché et validé les demandes mensuelles depuis novembre 2025, après le démarrage commercial du dispositif en septembre. Cela prouve qu’un parcours complexe — données de consommation, contrôle des demandes et paiement — peut fonctionner à grande échelle.
  • Les documents publics ne chiffrent ni l’électricité effectivement rapprochée, ni les remboursements, ni les économies nettes, ni les émissions évitées ou les nouveaux clients. Le règlement est opérationnel ; son rendement reste à démontrer.

Le remboursement est un jalon, pas le compte de résultat

Acheter de l’électricité pour un siège social est une opération relativement simple. Pour une entreprise répartie sur des milliers de sites basse tension, la demande est fragmentée entre de nombreux compteurs et territoires municipaux, tandis que le producteur renouvelable peut se trouver ailleurs. Vodacom et Eskom ont conçu le virtual wheeling pour relier ces contrats et ces données sans obliger chaque site à négocier seul un achat d’électricité.

Le communiqué du 1er octobre fournit son indicateur d’exploitation le plus précis à ce jour. Vodacom décrit une période de fonctionnement de septembre 2025 à août 2026 et précise que les remboursements sont traités chaque mois depuis novembre, après rapprochement et confirmation des demandes par Eskom. Le portefeuille comprend plus de 15 000 sites basse tension répartis dans 168 municipalités. Mezzanine, filiale majoritairement détenue par Vodacom, agrège les données de consommation et les rapproche de la production des producteurs indépendants.

Ce résultat technique est important. Il faut collecter les relevés dans un format accepté, affecter la production à une consommation admissible, faire valider les demandes, puis recevoir le règlement. Un cycle répété est plus probant qu’un protocole signé ou qu’une démonstration logicielle : les partenaires sont passés de la conception à l’administration régulière.

Mais il faut prendre le mot « remboursement » au sérieux. Selon le cadre publié par Eskom, l’acheteur continue de payer ses factures habituelles à Eskom ou à la municipalité, puis dépose une demande mensuelle distincte. Le remboursement se calcule, pour chaque tranche horaire, à partir du plus faible montant entre l’énergie consommée et celle attribuée au producteur, multiplié par le tarif de wheeling applicable. Ce mécanisme évite de créditer plus d’énergie que le portefeuille n’en a consommé ou reçu dans le calcul. Il ne fait pas disparaître la facture d’électricité brute.

Le pont entre règlement et économies manque encore

Pour évaluer l’économie, l’acheteur a besoin de plus que la confirmation qu’un remboursement a été versé. Il lui faut les volumes rapprochés par période, le tarif de remboursement, le prix du contrat d’achat et les frais nécessaires pour déposer et gérer la demande. Le résultat net dépend aussi des frais d’utilisation du réseau, du logiciel, des compteurs, du traitement des données, du financement et de l’énergie non rapprochée. Le communiqué anniversaire ne donne aucun de ces chiffres.

Le rapport sociétal 2025 de Vodacom identifie SOLA Group comme partenaire du contrat d’achat et évoque environ 15 000 sites. Il affirme que le dispositif réduit les coûts et les émissions, sans publier dans cette étude de cas les mégawattheures rapprochés, les remboursements, une base de comparaison des coûts ou une méthode de calcul des émissions. En 2023, Vodacom estimait que le mécanisme pourrait couvrir environ 30 % de la demande électrique sud-africaine du groupe. Il s’agissait d’une estimation, pas de la part effectivement livrée entre septembre 2025 et août 2026.

L’objectif actuel d’approvisionnement à 100 % en renouvelable ne signifie pas que le virtual wheeling, à lui seul, l’atteindra.

Il ne s’agit pas de minimiser l’avancée. Il faut distinguer les étapes que les annonces d’entreprise tendent à réunir : accord signé, démarrage commercial, validation fiable des demandes, économies unitaires, puis marge reproductible pour l’opérateur de la plateforme. À chaque étape correspondent un dénominateur et un détenteur de données différents.

Un modèle reproductible constitue un second test

Vodacom présente le mécanisme comme un modèle pour d’autres entreprises disposant de nombreux sites. L’intérêt est évident pour une banque, un distributeur ou un opérateur télécom dont la consommation est répartie sur plusieurs réseaux locaux, avec peu d’espace pour produire sur place. Une plateforme qui standardise les compteurs et le rapprochement pourrait abaisser le coût d’accès à un marché pensé pour des points de raccordement beaucoup moins nombreux.

Mais le portefeuille de Vodacom est exceptionnellement vaste et l’entreprise a une relation directe avec Eskom. C’est un bon terrain pour éprouver le processus, pas nécessairement pour prédire le coût d’intégration d’un acheteur plus petit, d’un compte municipal ou d’un autre fournisseur. Les documents publics d’Eskom exigent notamment un producteur agréé, un contrat d’achat signé, des données de compteur et de plages horaires, ainsi que des contrôles d’admissibilité et des contrats avec une plateforme autorisée.

La plateforme n’est donc qu’une partie de la vente : la qualité des données, les contrats et le travail du fournisseur de réseau comptent aussi.

Un deuxième acheteur testerait autre chose que les remboursements de Vodacom : la réutilisation du logiciel sans reconstruire chaque intégration, la prévisibilité des délais de règlement et la valeur des économies pour le client. L’annonce de 2026 reconnaît qu’il reste à élargir la participation et à faire mûrir les systèmes. Tant qu’un autre acheteur n’aura pas communiqué de résultat d’exploitation, le « modèle national » restera une proposition étayée par un premier cas exigeant.

L’électricité renouvelable comptabilisée n’est pas une batterie de secours

Le virtual wheeling répartit et règle de l’électricité renouvelable sur le réseau ; il ne livre pas une molécule précise à chaque station de base de Vodacom. Il n’empêche pas une coupure locale, ne remplace pas une batterie volée et ne maintient pas une antenne en service pendant une panne. Ces problèmes relèvent de l’alimentation locale, des batteries, des groupes électrogènes, du carburant, de la sécurité et de la maintenance.

Cette distinction est essentielle. Un contrat d’achat renouvelable peut modifier la comptabilité énergétique ou carbone sans réduire la dépendance du site au réseau de distribution local. Présenter le virtual wheeling comme une garantie de continuité confondrait approvisionnement plus propre et service disponible au point d’usage. Le présenter comme un mécanisme de règlement est moins spectaculaire, mais vérifiable.

La première année montre que les demandes peuvent être rapprochées et que les remboursements reviennent. La prochaine publication devrait rendre visible le pont économique : mégawattheures contractuels et rapprochés par période, remboursements et coût total des contrats, tarifs et plateformes, demandes acceptées ou corrigées, ainsi qu’une base d’émissions définie. Un deuxième acheteur testerait la transférabilité. Pour l’heure, Vodacom a démontré le cycle de remboursement ; le rendement doit encore être chiffré.

Sources