Résumé

  • RFC 9746 ouvre un choix de méthode split horizon pour les encapsulations All-Active qui en prennent deux en charge. L’intention annoncée ne suffit pas à établir la méthode effectivement utilisée.
  • Une divergence sur le même segment et pour une EVI donnée oblige les NVEs à revenir au comportement par défaut de l’encapsulation. Une annonce SHT 00 est déterminante, même si les préférences administratives restent inchangées.
  • Avec MPLSoUDP, ce retour peut imposer une étiquette ESI valide et non nulle auparavant économisée. L’admission d’un participant doit donc intégrer les ressources de repli, le découpage des routes et la vérification du trafic BUM.

Une économie qui dépend des voisins

Une ressource inutilisée aujourd’hui n’est pas forcément superflue demain. C’est le problème posé par l’exemple de compatibilité de RFC 9746. Deux NVEs modernisés, raccordés au même segment Ethernet et utilisant MPLSoUDP, annoncent local bias avec une étiquette ESI nulle. Un troisième NVE, qui ne prend pas en charge la nouvelle spécification, arrive avec le type par défaut. Les deux premiers doivent rétablir la méthode par défaut de MPLSoUDP et annoncer des étiquettes ESI valides, non nulles.

Le changement ne provient pas d’une modification de leur configuration administrative. Il provient de la composition du segment. Les préférences peuvent rester affichées tandis que la méthode opérationnelle revient à un autre mécanisme. La compatibilité ne se contente donc pas d’accepter un ancien équipement : elle modifie les conditions dans lesquelles les équipements modernisés peuvent exploiter leur optimisation.

Ce scénario est normatif et hypothétique, non le récit d’une panne. Publié en mars 2025 sur la voie de normalisation IETF, RFC 9746 met à jour RFC 7432 et RFC 8365. Il modifie le choix et la signalisation des méthodes, pas leur fonctionnement fondamental. Le registre documentaire indique Proposed Standard ; la recherche officielle de ce jour ne liste aucun erratum. Ces constats ne prouvent ni la diffusion du support chez les fournisseurs, ni sa qualité sur un réseau donné.

Identifier le retour interdit

Le split horizon empêche qu’une trame issue d’un équipement client multiraccordé lui revienne par un autre équipement de bordure. Le trafic concerné est BUM : diffusion, monodiffusion vers une destination inconnue et multidiffusion. Il faut supprimer ce retour tout en permettant les livraisons légitimes. Un réseau silencieux à la source n’est pas nécessairement un réseau qui distribue correctement.

La méthode ESI s’appuie sur l’identification du segment d’origine dans l’encapsulation. En MPLS, l’étiquette ESI permet au NVE de sortie de filtrer la trame vers ce segment. Local bias utilise l’adresse IP source du tunnel pour reconnaître le NVE d’entrée et éliminer les sorties vers les segments que les deux NVEs partagent. En contrepartie, le NVE d’entrée réplique localement le trafic BUM venant des interfaces d’accès vers ses segments directement raccordés, indépendamment du résultat de l’élection DF.

Ce dernier mécanisme exige All-Active. Il ne constitue pas une solution interchangeable pour Single-Active, et suppose que le next hop ne change pas entre les NVEs du même segment. La méthode ESI s’applique aux deux modes et peut fonctionner entre domaines. Le RFC évoque pour local bias une encapsulation simplifiée, des économies de ressources et une livraison locale plus rapide ; il ne fournit pas de gain chiffré universel.

Le défaut n’a pas une signification unique

Les deux bits SHT, positions 6 et 7 des Flags de la communauté étendue ESI Label, codent 00 pour le défaut, 01 pour local bias et 10 pour le filtrage ESI. 11 reste non attribué dans le registre IANA actuel. D’autres bits de ce registre ont évolué depuis le RFC : sa photographie de 2025 ne doit pas être présentée comme l’inventaire complet d’aujourd’hui.

Le choix n’existe que pour les encapsulations capables de prendre en charge les deux méthodes : MPLSoGRE, MPLSoUDP, Geneve et SRv6 figurent dans cette liste. VXLAN, NVGRE et VXLAN-GPE ne prennent en charge que local bias ; MPLS et SR-MPLS, uniquement ESI. Positionner une préférence ne crée pas la capacité correspondante. Single-Active associé à un SHT non nul impose le traitement treat-as-withdraw, plutôt qu’une négociation improvisée.

Pour une EVI donnée sur un même ES, une divergence entre annonces impose à tous les NVEs le défaut propre à l’encapsulation. Au moins une annonce 00 suffit pour qu’un NVE modernisé revienne à ce défaut opérationnel, sans changer nécessairement son intention administrative. Il n’y a pas de vote majoritaire. Et 00 n’identifie pas à lui seul un logiciel ancien : un équipement modernisé peut choisir délibérément le défaut.

MPLSoUDP revient au filtrage ESI ; VXLAN conserve local bias. Pour Geneve, le défaut dépend de la présence de l’option Ethernet et de l’identifiant de source ESI ; la valeur 10 exige un Source-ID non nul dans cette option. Pour SRv6, le filtrage du segment source est analogue au mécanisme ESI, sans signifier qu’une étiquette MPLS ordinaire est transportée sur le fil.

Le repli doit avoir ses ressources

Sous local bias, une étiquette ESI nulle peut éviter une allocation inutile. Mais une méthode ESI opérationnelle impose une annonce valide et non nulle. Dans l’exemple MPLSoUDP, l’arrivée du troisième participant oblige les deux NVEs à envoyer les mises à jour correspondantes. Le RFC prévoit une exception au retour depuis une étiquette nulle lorsque tous les participants non modernisés ne prennent en charge que local bias ; la règle ne signifie donc pas que tout repli alloue toujours une nouvelle étiquette.

Pour l’exploitation, la question est de savoir si cette capacité de retour a été conservée. Le tableau de bord doit distinguer la préférence annoncée de l’état utilisé, puis relier cet état à l’allocation, à la mise à jour BGP et à la programmation du filtrage. Le RFC ne donne ni seuil de réserve d’étiquettes, ni commande fournisseur, ni durée mesurée de convergence. Exiger ces preuves est une recommandation de gestion, pas une extension du protocole.

Le regroupement des routes a une limite

La prise en charge de plusieurs encapsulations ne permet pas de réunir arbitrairement leurs intentions dans une seule route A-D par ES. Les encapsulations d’une même route doivent utiliser la même méthode. Si le groupe contient une encapsulation limitée à une seule méthode, SHT doit être 00. Un groupe entièrement capable des deux peut annoncer 01 ou 10. MPLS et VXLAN ne peuvent pas partager une seule route comme si leur filtrage était interchangeable.

Lorsque des sous-ensembles d’EVI nécessitent des méthodes différentes, le RFC impose des routes ou groupes distincts. Le Route Target de chaque EVI apparaît dans une route A-D par ES, et une seule ; les routes multiples ont des Route Distinguishers différents. Son exemple sépare VXLAN/défaut, MPLSoUDP/local bias et Geneve/ESI, ce dernier avec l’étiquette non nulle et l’option Ethernet nécessaires. Toutes les NVEs d’une EVI doivent aussi disposer d’une encapsulation commune. Le découpage des annonces ne remplace pas cette condition.

Un retour au défaut correctement exécuté n’est pas en soi un incident. La section sécurité considère qu’une modification SHT valide sur un équipement compromis ne devrait pas interrompre le trafic, mais peut en modifier le transfert. Cette affirmation conditionnelle n’est pas une garantie de disponibilité pour des implémentations inconnues, des valeurs invalides ou des ressources épuisées.

La preuve utile suit une transition bornée : arrivée puis départ du participant par défaut, état des annonces, étiquettes utilisables, entrées de filtrage et trajet BUM. Il faut vérifier les destinations attendues ainsi que l’absence de retour vers le client d’origine, en observant pertes, doublons et boucles sur une fenêtre déclarée. L’absence d’observation doit rester une incertitude, non devenir artificiellement une panne ou un succès.

Sources et portée

Aucun incident réel, nombre de déploiements, plafond de ressources ou délai de reprise n’a été établi. L’image est une photographie conceptuelle générée par IA, sans valeur de preuve de terrain.