Résumé

  • En 2014, la transmission de la présidence de Rob Blokzijl à Hans Petter Holen était solidement soutenue, mais elle reposait encore largement sur une confiance personnelle.
  • Entre 2016 et 2020, les discussions de la communauté ont produit un cadre documenté avec vice-présidence, mandats définis, limitation à deux mandats et NomCom tiré au sort.

La scène fondatrice est simple, mais elle contient déjà le problème que la communauté RIPE devait résoudre. En 2014, Rob Blokzijl a transmis la fonction de Chair à Hans Petter Holen. La passation était bien soutenue; rien dans les sources ne permet de la qualifier d'irrégulière ou d'illégitime. Pourtant, Blokzijl a également demandé que RIPE établisse un processus formel de sélection. La confiance personnelle pouvait rendre une transition possible. Elle ne constituait pas encore une méthode reproductible pour les suivantes.

Cette distinction est au cœur de la trajectoire de Holen. Son rôle ne se résume pas à avoir occupé la présidence de RIPE de 2014 à 2020. Il a aussi participé à la transformation d'une succession informelle en une architecture que la communauté pouvait examiner, confirmer et réutiliser. La réussite institutionnelle, ici, n'est donc pas la désignation d'un successeur par le titulaire sortant. C'est précisément l'inverse : rendre la prochaine désignation moins dépendante de l'autorité personnelle du titulaire.

Holen a lancé la discussion publique en 2016. Des échanges lors de réunions et sur les listes de diffusion ont ensuite nourri le document RIPE-727, publié en 2019. Il est important de respecter la provenance de ce texte. RIPE-727 n'est pas une création attribuable à Holen seul : il est issu d'un travail communautaire et de plusieurs auteurs. Daniel Karrenberg l'a édité et en a rédigé la plus grande partie; Anna Wilson figure également dans cette provenance collective.

La contribution de Holen doit donc être comprise comme celle d'un responsable qui a ouvert et soutenu une discussion, non comme celle d'un dirigeant qui aurait conçu unilatéralement les règles.

Le dispositif documenté par RIPE-727 rétablissait une fonction de Vice Chair et liait les mandats de Chair et de Vice Chair. Il prévoyait des mandats de cinq ans, avec une limite de deux mandats. Cette combinaison répondait à plusieurs vulnérabilités ordinaires de la gouvernance : le risque d'une succession improvisée, la difficulté de préparer une transition et la concentration prolongée de la fonction autour d'une même personne. La vice-présidence offrait une continuité identifiable, tandis que les limites de mandat empêchaient de confondre continuité et permanence.

Le choix des personnes devait ensuite passer par un NomCom communautaire, soumis à des procédures de confirmation. RIPE-728 en décrivait le fonctionnement. Le mécanisme s'inspirait largement de pratiques établies au sein de l'IETF, plutôt que de prétendre inventer une solution entièrement nouvelle. Des volontaires de la communauté formaient un vivier; certains membres votants étaient sélectionnés aléatoirement, tandis qu'un président sans droit de vote était désigné. La communauté conservait des possibilités de consultation, de confirmation et de rappel.

À RIPE 79, Holen a fourni un point de situation concret : 36 volontaires étaient entrés dans le vivier du NomCom et dix membres votants avaient été sélectionnés aléatoirement. Ce chiffre montre que le mécanisme avait quitté le stade de l'intention pour devenir une procédure observable. Il ne prouve pas que chaque décision ultérieure aurait été parfaitement impartiale, indépendante ou juste. Le tirage au sort modifie la composition du groupe; il ne garantit ni sa délibération ni son résultat.

La nécessité du dispositif est devenue immédiate en 2020. En mars, le conseil exécutif de RIPE NCC a annoncé la nomination de Holen comme Managing Director, à la suite d'une recherche de cadre dirigeant. Il a quitté la présidence après cette nomination en mai, tout en assurant temporairement la fonction jusqu'à la transition du 1er septembre. En juillet, RIPE NCC a annoncé Mirjam Kühne comme Chair et Niall O'Reilly comme Vice Chair. Cette chronologie confirme la transition; elle ne permet pas d'attribuer leurs sélections à Holen, ni de conclure que sa nomination comme Managing Director a déterminé le choix du NomCom.

L'inférence éditoriale est néanmoins nette : une institution mûrit lorsqu'elle transforme la confiance qui a permis une passation en règles qui peuvent survivre à ceux qui l'ont rendue possible. Dans ce cas, la contribution la plus durable de Holen n'est pas d'avoir choisi la personne suivante. C'est d'avoir accepté qu'une présidence puisse être mieux protégée par une procédure communautaire que par la continuité d'une relation personnelle.

Cette leçon reste circonscrite au cas de RIPE. Le processus n'est ni une loi, ni une élection de conseil d'administration, ni un modèle universel de gouvernance. Sa valeur analytique tient à la séquence précise : une passation bien soutenue en 2014, une demande de formalisation, une discussion publique à partir de 2016, des règles publiées en 2019, puis une transition confirmée en 2020. L'institutionnalisation n'a pas effacé la confiance; elle a tenté de lui donner une forme transmissible.

Sources