Résumé
- Dans les limites nominales de la consultation de vingt et un jours ouverte le 14 mars 2005, l’archive publique contient 23 messages. Une déduplication fondée sur les corps identiques ou substantiellement identiques ramène ce total à 20 contributions de fond provenant de 19 personnes : 18 sont favorables, une formule une objection explicite et une est une demande d’assistance technique hors sujet.
- Ce dossier démontre l’existence d’un signal public majoritairement favorable, pas celle d’un mandat régional. L’archive n’authentifie ni un corps électoral ni le dénominateur complet des LIR et FAI africains ; elle ne livre aucune réponse directe d’ICANN ou d’AFRINIC et ne permet d’attribuer publiquement aucune modification substantielle à une contribution. La reconnaissance confirme une fonction limitée de registre et de coordination de ressources numériques, sans souveraineté, pouvoir policier, compétence de poursuite, autorité judiciaire ou pouvoir général de punition.
Analyse
Une consultation courte, un objet institutionnel précis
Le 14 mars 2005, ICANN a ouvert une période de commentaires publics de vingt et un jours sur la demande actualisée d’AFRINIC en vue de sa pleine reconnaissance comme registre Internet régional. L’annonce disait que le personnel d’ICANN préparerait un rapport destiné au conseil d’administration lors de la réunion de Mar del Plata. Elle renvoyait à la demande datée du 5 mars ainsi qu’à l’archive de la liste.
Elle rappelait également que la responsabilité opérationnelle des services de registre pour la région africaine avait été transférée à AFRINIC le 21 février et présentait l’organisation comme pleinement fonctionnelle au moment de l’ouverture.
Cet acte doit être décrit sans le gonfler. ICANN a créé un canal public, limité dans le temps, rattaché à une demande institutionnelle précise. Il n’a pas annoncé un référendum. Il n’a pas défini une circonscription électorale africaine. Il n’a pas publié de règle disant que chaque courriel compterait comme une voix, ni que l’addition des messages mesurerait l’acceptation exigée par ICP-2. La consultation ouvrait une possibilité d’apporter des informations, de soutenir, de prévenir ou de contester. Sa fonction première était probatoire et consultative.
La durée elle-même demande une précaution. L’annonce donne vingt et un jours mais aucun horodatage de clôture. En prenant le 14 mars comme point de départ et vingt et un jours écoulés, soit 504 heures, le terme nominal tombe le 4 avril. Les 23 messages retenus dans la fenêtre sont tous datés au plus tard du 31 mars. La différence possible entre un calcul en jours inclusifs et un calcul en durée écoulée ne change donc pas ce total. La date précise de fermeture demeure inconnue, mais cette inconnue n’affecte pas ici la frontière entre les 23 messages retenus et les trois messages tardifs.
Cette focalisation est importante. La reconnaissance provisoire de septembre 2004, le transfert opérationnel de février 2005, l’évaluation d’IANA et le vote du conseil d’administration expliquent le contexte de la décision. Ils ne transforment pas l’archive de commentaires en source de tout le récit institutionnel d’AFRINIC. L’objet analysé ici est plus étroit : que montre exactement le canal public ouvert du 14 mars au 4 avril, qui y apparaît, quelle objection a été exposée, quelle réponse est visible, et quel changement peut être relié aux contributions ?
Trois nombres pour trois réalités différentes
Le chiffre le plus simple est 26. L’index de l’archive annonce vingt-six courriels et énumère les entrées de msg00000 à msg00025. Mais 26 est le nombre total visible dans l’archive, pas le nombre de contributions reçues dans la fenêtre nominale. Les messages 00023, 00024 et 00025 sont postérieurs au 4 avril selon le classement retenu. Il reste donc 23 messages bruts dans la période.
Le deuxième chiffre est 20. L’inspection des corps révèle deux groupes de répétitions. Les messages 00000 et 00005 reproduisent la même contribution de Mohammed El Bashir. Les messages 00010, 00011 et 00012 reproduisent celle de Jean Robert Hountomey. Dans le premier groupe, une copie est excédentaire ; dans le second, deux le sont. Retirer ces trois copies des 23 messages bruts donne 20 corps substantifs uniques. Ce traitement ne présume aucune manipulation : une répétition peut résulter d’un renvoi, d’un incident de messagerie ou d’un geste banal. La déduplication mesure l’inflation documentaire de l’archive, pas l’intention de l’émetteur.
Le troisième chiffre est 19. Eric Osiakwan a déposé deux textes distincts, l’un associé à la Ghana ISP Association, l’autre à AfrISPA. Puisque les corps et les positions organisationnelles diffèrent, ce sont bien deux contributions uniques. Puisqu’elles émanent du même être humain, elles ne deviennent pas deux correspondants. Ainsi, 20 corps de fond ont été envoyés par 19 personnes.
Cette distinction n’est pas une minutie comptable. Elle empêche trois erreurs fréquentes. Compter 23 « participants » confond les copies avec des personnes. Compter 20 « électeurs » confond des textes avec des titulaires d’un droit de décision qui n’a jamais été défini. Compter 19 « représentants de l’Afrique » confond des signataires avec une population qu’ils n’étaient pas nécessairement autorisés à engager. La bonne description garde les unités séparées : 23 envois bruts, 20 corps substantifs, 19 correspondants humains.
Sous cette méthode, 18 des 20 corps uniques soutiennent AFRINIC ou expriment une appréciation positive ; un texte s’y oppose explicitement ; un autre demande une aide technique concernant un domaine ou une adresse IP et ne porte pas substantiellement sur la reconnaissance. La part favorable des corps uniques est donc de 90 %. L’objection représente 5 % et le hors-sujet 5 %. Sur les messages bruts, 21 des 23 envois sont favorables, soit environ 91,304 %, mais cette proportion est gonflée par des copies favorables.
Le facteur entre messages bruts et corps uniques est de 1,15 ; les trois copies excédentaires représentent environ 13,043 % des messages de la fenêtre.
Ces pourcentages ne valent que pour le contenu visible de l’archive. Dire « 90 % des corps uniques archivés sont favorables » est reproductible. Dire « 90 % des opérateurs africains soutenaient AFRINIC » ne l’est pas. Le premier rapport a un numérateur et un dénominateur observables : 18 sur 20. Le second exigerait de connaître l’ensemble des LIR, des FAI ou des opérateurs concernés, leur qualité vérifiée, leur taux de réponse et une règle de pondération. Aucun de ces éléments n’est fourni par la liste ouverte.
Une géographie observée qui ne devient pas une représentation politique
Les signatures, affiliations, adresses, domaines nationaux et lieux indiqués permettent de coder une origine principale de contact ou d’affiliation. Dans les 23 messages bruts de la fenêtre, la distribution est la suivante : Bénin quatre, Burkina Faso un, Gambie un, Ghana deux, Guinée un, Kenya un, Malawi un, Maurice un, Niger un, Nigeria deux, Soudan trois, Togo quatre, et une origine inconnue. Après déduplication des corps, le Soudan passe de trois à deux et le Togo de quatre à deux ; les autres comptes restent inchangés. L’ensemble couvre douze pays identifiables, plus un correspondant non identifié par une origine.
Cette diversité est un élément réel du dossier. Elle indique que la consultation ne s’est pas réduite à une seule ville ni à une seule affiliation visible. Pour une liste de courriels en 2005, la présence de contacts associés à douze pays peut raisonnablement être présentée comme une portée géographique notable. Elle renforce l’idée que le canal a capté plusieurs voix et réseaux professionnels de la région.
Elle ne permet toutefois pas de transformer l’origine observée en nationalité, résidence, statut de membre, qualité de LIR, appartenance à un FAI, mandat organisationnel authentifié ou droit de vote. Une adresse à Cotonou dit quelque chose du contact qui se présente ; elle ne prouve pas que l’auteur parle pour tous les opérateurs du Bénin. Une signature d’association signale une affiliation ; l’archive ne montre pas la résolution interne qui aurait autorisé la prise de position. Un domaine national aide à situer un lien professionnel ; il ne crée pas une circonscription.
Le cas de Yaovi Atohoun illustre cette discipline. Le message donne une identité et un contexte professionnel régional. Le codage retient le Bénin avec une confiance moyenne, faute d’une ligne de signature qui rende le pays absolument explicite dans le corps archivé. Cette incertitude peut déplacer d’une unité la carte des origines ; elle ne modifie ni le nombre de messages, ni la déduplication, ni la répartition entre soutien, objection et hors-sujet.
La Note Heng Lu commande ici la règle d’interprétation : la participation fournit des preuves, de l’expertise, des avertissements, des objections et de la discipline technique ; elle n’est pas, par sa seule existence, l’autorité du principal. Un statut de partie prenante ne devient pas un mandat. Une réunion de communauté ne devient pas une législature. Une région de service ne devient pas un peuple politique parce que des personnes de plusieurs pays ont envoyé des courriels. Cette doctrine n’est pas une opinion extérieure ajoutée pour équilibrer le dossier ; elle est la vérité directrice qui borne ce que les chiffres permettent de conclure.
Le dénominateur absent d’ICP-2
ICP-2 demandait une preuve que le registre proposé était largement accepté par une très grande majorité des LIR et FAI de la région, ainsi qu’une preuve des efforts accomplis pour contacter les LIR existants. Ce critère crée une question de soutien, mais il ne dit pas qu’une liste publique non authentifiée constitue à elle seule la population pertinente. Il ne définit pas non plus chaque message comme une voix égale.
La demande actualisée d’AFRINIC affirmait compter 68 signataires de la charte fondatrice et environ 40 lettres formelles de soutien, en plus de décrire des démarches de sensibilisation et des étapes de transition. Ces chiffres sont des déclarations de l’organisation requérante dans un document daté du 5 mars, neuf jours avant l’ouverture du forum. Ils font partie du dossier institutionnel que les évaluateurs pouvaient examiner. Ils ne sont pas les envois de la consultation et ne doivent pas être additionnés aux 23 messages comme s’ils formaient un seul scrutin.
Pour relier proprement la liste à ICP-2, il aurait fallu au minimum un registre contemporain des LIR et FAI concernés, une méthode pour relier les réponses aux acteurs de ce registre, une règle sur les mandats organisationnels et un tableau des non-réponses. Un tel dispositif n’exigerait pas nécessairement de publier les données personnelles de chaque répondant. Des comptes agrégés par rôle, assortis d’une méthode vérifiable, auraient suffi à donner un dénominateur. Rien de tel n’apparaît dans l’archive vérifiée.
L’absence de ce dénominateur ne prouve pas qu’AFRINIC manquait de soutien. D’autres pièces — demande, lettres, transition, évaluation de l’organisation des registres de numéros et rapport d’IANA — ont servi au processus. Elle prouve seulement que le pourcentage favorable de la liste ne mesure pas la « très grande majorité » d’ICP-2. Le signal est favorable ; la représentativité régionale n’est pas calculable.
Le silence doit également conserver sa signification exacte : aucune. Les opérateurs qui n’ont pas écrit peuvent avoir soutenu AFRINIC, s’y être opposés, n’avoir pas connu le forum, avoir choisi un autre canal ou n’avoir eu aucune position arrêtée. Leur absence ne vaut ni consentement ni refus. Une liste ouverte montre ceux qui ont pris la parole, pas ceux qui ont reçu ou refusé une délégation de pouvoir.
L’objection que la majorité ne doit pas effacer
Le 25 mars, Chris Reynolds a envoyé la seule objection explicite identifiée dans la fenêtre. Son texte demandait à ICANN de refuser la reconnaissance. Il invoquait des problèmes allégués de traitement des abus et la fraude nigériane, tout en formulant de vastes généralisations hostiles sur les administrateurs africains et les conditions sociales du continent. Le fait que le courriel existe est établi. La vérité de ses accusations ne l’est pas. Ses généralisations discriminatoires ne peuvent être élevées au rang de constat et ne doivent pas être reproduites comme une caractérisation de l’Afrique ou de ses professionnels.
Une analyse sérieuse doit résister à deux tentations opposées. La première serait de présenter cette objection comme une preuve matérielle d’un échec opérationnel, alors qu’elle ne fournit pas à elle seule une vérification indépendante. La seconde serait de la faire disparaître au motif que son auteur emploie une rhétorique hostile ou qu’il est isolé. L’archive a précisément une valeur parce qu’elle préserve aussi une contestation déplaisante. Elle permet de distinguer ce qui pouvait faire l’objet d’une vérification — les allégations relatives au traitement d’abus — de ce qui relevait du préjugé.
Cette distinction ouvre une voie institutionnelle sobre : accuser réception, rejeter les généralisations discriminatoires, identifier les affirmations opérationnelles testables, indiquer si elles ont été vérifiées, puis expliquer si elles influent sur le critère examiné. Un tel traitement n’aurait pas accordé de veto à un seul opposant. Il aurait montré que la consultation transformait au moins une objection en question, en réponse et, le cas échéant, en action ou en absence motivée d’action.
Or aucune réponse directe d’ICANN ou d’AFRINIC à ce message n’apparaît dans l’archive publique vérifiée. Aucun tableau public de disposition des contributions n’a été localisé. Cette absence est circonscrite : elle porte sur les traces publiques consultées. Elle ne permet pas d’affirmer qu’aucun membre du personnel n’a lu le message, qu’aucune discussion privée n’a eu lieu ou que l’objection a été ignorée en interne. Elle permet d’affirmer que le lecteur public ne peut pas suivre son traitement.
De l’entrée publique à la décision : le maillon documentaire manquant
Le 6 avril, une diapositive d’ICANN a résumé le forum par la formule « 20+ » commentaires, tous positifs sauf un. C’est l’unique accusé de réception officiel agrégé localisé en aval. Il confirme que le canal n’a pas été entièrement invisible à l’institution. Mais il n’indique ni les messages retenus, ni la manière de traiter les copies, ni le statut du message hors sujet, ni la distribution géographique, ni la disposition de l’objection.
Le rapprochement avec le comptage reconstitué est suggestif sans être décisif. « 20+ » pourrait viser les 23 messages de la fenêtre, les 20 corps uniques, ou une autre règle. « Tous sauf un positifs » pourrait exclure la demande d’aide hors sujet, la ranger par inadvertance dans un ensemble positif, ou s’appuyer sur un corpus différent. Sans méthode publiée, il serait imprudent de choisir l’explication qui arrange le mieux l’institution. La diapositive prouve ce qu’ICANN a alors déclaré, pas la mécanique qui a produit la déclaration.
Le 8 avril, IANA a conclu qu’AFRINIC satisfaisait aux critères d’ICP-2. Le rapport évoquait le soutien d’une très grande majorité, mais ne citait pas l’archive publique et ne répondait pas à l’objection de Reynolds. Le même jour, le conseil d’administration d’ICANN a adopté la reconnaissance complète à l’unanimité par acclamation. Les minutes et la transcription disponibles invoquent la demande, la transition, l’évaluation de la NRO et la recommandation d’IANA ou du président. Aucun des deux documents localisés ne cite le forum ni n’identifie un changement causé par une contribution.
Les documents officiels doivent rester dans leur juste fonction probatoire. L’annonce prouve ce qu’ICANN a ouvert et promis. La demande prouve ce qu’AFRINIC a affirmé et présenté. La diapositive prouve comment ICANN a résumé l’agrégat. Le rapport d’IANA prouve l’évaluation institutionnelle formulée. Les minutes et la transcription prouvent l’acte et les raisons rendues visibles. Aucun de ces documents ne se certifie lui-même comme preuve d’un mandat populaire ; aucun ne permet, par son seul statut officiel, d’inventer un lien causal qui n’est pas écrit.
La comparaison n’a localisé aucune demande révisée après le forum, aucun journal de modifications, aucune matrice de réponses, aucune condition de reconnaissance et aucun changement du texte de la résolution explicitement attribuable à un message. Le nombre de modifications substantielles publiquement traçables est donc zéro. Là encore, zéro signifie « aucune trace localisée dans le dossier public vérifié », non « aucune influence privée ou indirecte n’a jamais existé ».
Cette différence entre prise en compte et traçabilité est centrale. Une consultation peut éclairer un décideur sans produire de redline. Une majorité de messages favorables peut conforter une recommandation déjà soutenue par des preuves opérationnelles. Le conseil aurait peut-être pris la même décision sans la liste ; les sources publiques le suggèrent, mais ne le démontrent pas. La seule conclusion robuste est que l’archive rend les entrées visibles, tandis que le chemin entre ces entrées et le résultat demeure faiblement documenté.
Le meilleur argument en faveur du forum
La critique ne doit pas caricaturer le dispositif. Pour son époque, une liste ouverte était un moyen peu coûteux de recevoir des avis et de les conserver publiquement. Elle a exposé une pluralité d’origines professionnelles. Elle a enregistré 18 contributions uniques favorables, une objection et un bruit hors sujet au lieu de ne publier qu’une synthèse contrôlée. L’évaluation finale reposait en outre sur un ensemble de pièces plus large que ces courriels : fonctionnement du registre, transfert de services, demande actualisée, appréciation de la NRO et examen des critères par IANA.
Selon cette lecture forte, le forum a été une consultation raisonnable et réussie, pas une élection défectueuse. ICANN n’avait pas nécessairement à modifier une demande techniquement suffisante ni à répondre individuellement à chaque courriel. L’unique objection mélangeait des questions éventuellement vérifiables et des affirmations hostiles ; son existence ne lui conférait ni représentativité ni droit de blocage. Une consultation non contraignante peut informer sans publier le même appareil qu’un scrutin.
Cet argument mérite d’être retenu presque entièrement. Il établit l’utilité du canal, la réalité du soutien exprimé et la possibilité d’une décision de reconnaissance solide. Il ne franchit pas le dernier pas : rien dans l’ouverture, l’archive ou la synthèse ne transforme les auteurs en mandants de tous les opérateurs africains. Rien ne montre quel élément a modifié l’analyse.
La réponse adéquate à cette limite n’aurait pas été de transformer le forum en plébiscite, mais de publier une piste d’audit modeste : règle de comptage, frontière des rôles, traitement de l’objection et liste des changements attribuables — y compris la mention explicite « aucun changement » si tel était le cas.
Ainsi, refuser l’auto-validation ne revient pas à déclarer la consultation inutile. Le dossier produit une connaissance vérifiable : un signal favorable, une objection visible, une demande hors sujet, des répétitions identifiables et un résumé institutionnel ultérieur. Son défaut n’est pas l’absence de valeur ; c’est l’écart entre la richesse des entrées conservées et la pauvreté de la chaîne publique qui mène à leur disposition.
Ce que la reconnaissance autorisait — et ce qu’elle n’autorisait pas
AFRINIC était la requérante et, au moment du forum, le prestataire qui assurait déjà les services transférés de registre régional. Sa demande décrivait l’administration des enregistrements de ressources numériques, les services WHOIS et la coordination du DNS inverse. ICP-2 mettait l’accent sur un service neutre, expert, impartial, sûr et stable. La reconnaissance complète a confirmé cette fonction institutionnelle de registre Internet régional.
La fonction doit demeurer mince et exacte : conserver un registre cohérent, coordonner l’unicité des ressources numériques et fournir les services associés nécessaires à cette coordination. Elle n’emporte pas la souveraineté sur l’Internet africain. Elle ne fait pas d’AFRINIC le propriétaire territorial des adresses. Elle ne lui donne pas le pouvoir de police, de procureur ou de juge. Elle ne lui attribue aucun pouvoir général de punir les détenteurs de ressources au-delà des nécessités bornées d’un registre exact et unique. Elle ne transforme pas une région de service en population soumise à un gouvernement.
La Note Heng Lu est ici, encore une fois, la vérité directrice. Le registre décrit et coordonne une réalité d’unicité ; il ne crée pas une propriété communautaire des actifs des membres. Son autorité pratique repose sur la confiance institutionnelle et la coordination volontaire, non sur un contrôle physique du routage ou sur une force souveraine. Le soutien public peut accroître cette confiance. Il ne métamorphose pas la confiance en juridiction punitive.
L’ICANN Board avait le pouvoir institutionnel d’accorder ou de refuser la reconnaissance dans le processus applicable. Le personnel, le président et IANA pouvaient recueillir des informations, évaluer les critères et recommander. Les commentateurs pouvaient fournir des preuves, un appui, des alertes ou des objections. Aucun de ces rôles ne pouvait, par simple addition de courriels, consentir au nom de tous les LIR, FAI, opérateurs, utilisateurs, détenteurs ou États silencieux.
NRS occupe aussi une place bornée et de premier rang dans cette carte d’autorité. Ses propres matériaux indiquent qu’il défend, informe, réunit et représente les membres qui l’y autorisent, sans prétendre remplacer la procédure formelle d’AFRINIC. NRS ne tient pas le registre, n’exploite pas RPKI, WHOIS ou RDAP, ne tranche pas les recours, ne conduit pas les élections d’AFRINIC, n’assure pas la garde opérationnelle et ne tire pas un mandat régional du simple fait de participer au débat. Cette limite n’abaisse pas sa parole ; elle préserve la différence entre représentation autorisée et appropriation institutionnelle.
Pourquoi cette précision concerne directement les opérateurs
La reconnaissance réduisait une forme d’incertitude institutionnelle autour d’un prestataire déjà actif. Des enregistrements stables, un DNS inverse coordonné, un service WHOIS et un traitement prévisible peuvent diminuer les coûts de coordination et de transition pour les réseaux. La consultation n’acheminait cependant aucun paquet, ne transférait aucun contrat de détenteur et ne mesurait aucun gain financier par entreprise. Les bénéfices opérationnels découlent de la qualité du service de registre ; le forum pouvait éclairer l’évaluation de cette qualité, pas la produire à lui seul.
L’absence de méthode de comptage et de piste de réponse crée en revanche un coût de vérification. Un opérateur qui veut savoir qui était représenté, si les répétitions ont été retirées, comment l’objection a été traitée et ce qui a changé doit reconstruire l’archive message par message. Ce coût peut sembler faible dans un corpus de 26 courriels. Il devient structurel lorsque la formule « la communauté a soutenu » est réutilisée pendant des années sans dénominateur.
Une autre conséquence est la prime de risque liée à l’autorité. Si une majorité de participants visibles est présentée comme un mandat illimité, les détenteurs peuvent anticiper une extension discrétionnaire du rôle du registre. Ils peuvent alors intégrer davantage de risque de politique, de continuité ou d’exécution à leurs décisions. Le dossier de 2005 ne prouve aucun abus ultérieur, aucune punition ni aucune perte pour un détenteur. Il montre le mécanisme conceptuel par lequel une consultation décrite trop largement peut faire paraître légitime une autorité plus vaste que la fonction de coordination qui justifie le registre.
Le bon récit réduit cette prime plutôt qu’il ne délégitime le service. AFRINIC a été reconnue pour assurer une fonction de registre régional selon un dossier institutionnel plus vaste. Le forum a ajouté un signal public favorable et a conservé une objection. Ni l’un ni l’autre ne crée un souverain. En maintenant cette distinction, on peut soutenir la continuité du registre tout en exigeant une meilleure comptabilité de la consultation.
Le verdict du dossier public
Au terme de l’audit, cinq conclusions résistent aux interprétations concurrentes. Premièrement, la consultation a bien existé comme canal public de vingt et un jours, et son archive visible est substantielle à l’échelle du dispositif. Deuxièmement, la mesure correcte n’est pas un chiffre unique : 23 messages bruts, 20 corps uniques, 19 correspondants humains. Troisièmement, le contenu unique est très majoritairement favorable — 18 soutiens contre une objection explicite et un hors-sujet — mais ce ratio porte seulement sur les textes archivés.
Quatrièmement, une synthèse officielle agrégée a été retrouvée, mais aucune réponse directe ni aucun changement attribuable n’est publiquement traçable. Cinquièmement, le résultat institutionnel confirme un registre-coordonnateur borné, non une autorité souveraine ou punitive.
Les inconnues restent importantes : heure de clôture, rapport du personnel promis, méthode officielle du « 20+ », exhaustivité de l’archive, authentification des auteurs et de leurs mandats, dénominateur des LIR et FAI, réponses privées éventuelles, influence causale sur la recommandation, date exacte du message 00023 et provenance précise du message 00022. Les reconnaître ne détruit pas l’analyse ; elles déterminent la taille des conclusions possibles.
La formule la plus juste est donc volontairement plus étroite qu’un récit de légitimation. Le forum a conservé un apport public utile, largement favorable et géographiquement divers dans ses affiliations visibles. Il n’a pas, par lui-même, autorisé AFRINIC au nom de l’Afrique. La décision de reconnaissance s’appuyait sur d’autres pièces institutionnelles. Ce que les documents officiels peuvent prouver est ce que les institutions ont dit et fait ; ce qu’ils ne peuvent pas prouver seuls est la validité souveraine de leur propre autorité. La consultation mérite d’être gardée comme preuve d’entrée.
Elle ne doit pas être promue en preuve automatique de mandat.
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