Résumé

  • Le 24 mai 2004, pendant l’assemblée générale d’AFRINIC-1 à Dakar, des participants ont demandé quel serait le coût de la traduction des documents d’AFRINIC et de son site web dans des langues autres que l’anglais ; l’anglais est la seule langue nommée, aucune langue cible ne l’est.
  • Adiel Akplogan a répondu que la traduction faisait l’objet d’une attention soutenue, mais que les ressources disponibles pendant la phase de démarrage devaient d’abord renforcer l’organisation et permettre sa reconnaissance formelle ; cette explication de priorité n’était ni un prix, ni un refus définitif, ni un programme financé.
  • Une représentante ou un représentant de l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie, avec le ministre français des Affaires étrangères, a exprimé la volonté de soutenir les activités de traduction et a indiqué qu’une traduction de la réunion en cours était déjà fournie, sans préciser la langue, le mode, l’étendue, le coût, le personnel ou la durée du soutien.
  • Tous les membres présents ont adopté par consensus l’ensemble du budget 2004. Le dossier ne consigne ni vote distinct sur la traduction, ni ligne dédiée, ni acceptation formelle de l’offre extérieure, ni contrat, ni volume promis, ni preuve de traduction des documents ou du site.

Une question de coût qui expose une question de capacité

La scène est étroite et décisive. AFRINIC-1 s’est tenue à Dakar les 23 et 24 mai 2004. Le matin du 24 mai avait été consacré à des discussions de politique ; l’après-midi, l’assemblée générale examinait des documents administratifs. C’est dans cette session, lorsque le chef de projet Adiel Akplogan a présenté le budget 2004, que des participants ont interrogé son volet administratif. Parmi les préoccupations consignées figurait le coût de la traduction des documents d’AFRINIC et de son site web dans des langues autres que l’anglais.

Le choix des mots est important. Le compte rendu parle de questions et de préoccupations. Il ne décrit pas une motion, un amendement budgétaire, une demande de devis adressée à un prestataire, un engagement de dépense ou une résolution autonome. On sait donc qu’un besoin d’accès linguistique est entré dans le débat. On ne sait pas qu’une proposition formelle, définie par un montant et des livrables, a été soumise à décision. Une question peut révéler un coût caché sans encore constituer un instrument capable d’acheter un service.

Les deux surfaces citées, les documents et le site web, auraient exigé des formes de capacité différentes. Traduire un document suppose de connaître le texte source, sa longueur, son statut, sa date, son rythme de modification et la version à laquelle la traduction doit rester alignée. Localiser un site suppose d’identifier des pages, des menus, des formulaires, des mises à jour, des erreurs, des archives et un régime de maintenance. Le dossier de mai 2004 ne fournit aucune de ces unités. Il ne donne ni liste de documents, ni nombre de pages, ni volume de mots, ni inventaire du site, ni fréquence de révision.

La demande était intelligible ; la capacité achetable demeurait indéfinie.

Une seule langue est nommée explicitement : l’anglais, comme langue de référence par rapport à laquelle les participants demandaient des versions dans « des langues autres que l’anglais ». Aucune langue cible n’est indiquée. On ne peut donc pas transformer la présence de l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie ou celle du ministre français des Affaires étrangères en preuve que la traduction de la réunion, des documents ou du site était en français. On ne peut pas davantage introduire l’arabe, le portugais ou toute autre langue à partir de la géographie, d’une intuition sur le continent ou d’une politique postérieure.

La lacune n’est pas un espace disponible pour la vraisemblance ; c’est une limite factuelle.

Cette limite change la nature de l’analyse. L’enjeu n’est pas de décider rétrospectivement quelles langues auraient dû être choisies. Il est de demander ce que l’institution avait effectivement mis en prix, placé sous responsabilité et rendu vérifiable. En mai 2004, le dossier établit la reconnaissance d’un besoin, mais il ne permet pas de convertir ce besoin en nombre de langues couvertes, en qualité garantie ou en accès durable.

La réponse de démarrage : considérer la traduction, financer d’autres priorités

Akplogan a déclaré que la traduction était examinée de près. Cette formulation exclut deux raccourcis opposés. Elle ne prouve pas qu’un programme était imminent, chiffré ou approuvé ; elle ne prouve pas non plus que la traduction avait été rejetée pour toujours. Elle décrit une question maintenue dans le champ de l’attention, sans objet budgétaire autonome dans le tableau qui nous est parvenu.

Il a ensuite exposé la priorité de gestion. Dans la phase de démarrage, les ressources disponibles seraient mieux affectées au renforcement de l’organisation et à l’obtention d’une reconnaissance formelle, afin de rendre ce démarrage plus rapide et plus facile. Il a présenté le budget comme largement fondé sur des financements attendus de donateurs, destiné aux activités jugées les plus importantes à ce stade et lié aux grands objectifs de l’année, aux critères ICP-2 et à la reconnaissance d’AFRINIC par l’ICANN comme registre régional.

Cette réponse est une justification attribuée à la direction. Elle prouve ce que la direction disait prioriser ; elle ne démontre pas que l’ICANN imposait de différer la traduction, que tout dollar consacré aux langues aurait empêché la reconnaissance, ou que la reconnaissance créait une autorité publique. Le mot « reconnaissance » peut désigner ici une étape institutionnelle recherchée par une société privée en voie de mise en service. Il ne signifie ni légitimation souveraine, ni transfert de propriété sur les ressources numériques d’un continent, ni pouvoir de légiférer pour des opérateurs absents.

La séquence budgétaire suggère une contrainte réelle : une organisation naissante, dépendante en grande partie de soutiens attendus, choisissait entre plusieurs capacités de démarrage. Mais le dossier ne quantifie jamais le prix du choix linguistique. Il ne dit pas combien aurait coûté une page traduite, un interprète pendant une heure, une langue supplémentaire sur le site ou la maintenance annuelle d’un corpus multilingue. Sans contre-chiffrage, il est impossible de mesurer le sacrifice demandé. L’explication ordonne les priorités ; elle ne calcule pas le compromis.

Il faut également résister au vocabulaire de l’absence totale. Le tableau ne montre aucune ligne spécifique de traduction, de localisation, d’interprétation ou de services linguistiques. Cela ne prouve pas qu’aucune dépense n’a jamais été engagée ni qu’aucune aide linguistique n’a été reçue. Une dépense pourrait avoir été noyée dans une enveloppe composite ou supportée en nature par un tiers. Toutefois, en l’absence de ventilation, personne ne peut attribuer une fraction de ces enveloppes à la traduction. La conclusion exacte porte sur la visibilité : aucun montant spécifique n’est exposé.

Deux budgets, deux contrôles, aucune caisse linguistique commune

La présentation budgétaire survivante décrit deux budgets pour la première année. Le premier, le budget de gestion, était sous le contrôle d’AFRINIC et devait être soutenu par des dons et subventions de la communauté. Le second, le budget d’exploitation, n’était pas sous le contrôle d’AFRINIC ; il était soutenu et géré par le Department of Communications sud-africain, avec le CSIR comme organisme hôte. Cette séparation interdit de réunir silencieusement les deux totaux et de les traiter comme une seule caisse dont AFRINIC aurait pu affecter librement une part à la traduction.

Pour le budget de gestion, les recettes prévues étaient de USD 133,500. Dans ce total, USD 109,000 correspondaient à un soutien local et international attendu. Le caractère attendu compte : le tableau révèle une hypothèse de financement, pas la preuve que cette somme avait été reçue en espèces. Les dépenses totales étaient de USD 131,529 et le gain projeté de USD 1,971. Ces chiffres montrent l’échelle et la dépendance du budget, sans créer à eux seuls une disponibilité linguistique.

Trois catégories adjacentes au débat apparaissaient dans ce budget de gestion : USD 12,000 pour « Meeting/Training/Coms », USD 37,700 pour « Training » et USD 20,000 pour « Travel ». Aucune n’était intitulée traduction. « Meeting/Training/Coms » est une enveloppe composite ; son nom réunit réunion, formation et communications sans en révéler la ventilation. La ligne de formation n’est pas une ligne de traduction. La ligne de voyage ne l’est pas davantage.

Même si chacune peut entretenir un rapport général avec la participation, ce voisinage fonctionnel ne permet pas de déplacer ses dollars vers un usage que le registre budgétaire n’identifie pas.

Le budget d’exploitation présentait USD 279,319 de recettes et USD 279,319 de dépenses totales. Il indiquait USD 10,000 pour « Meeting/Training/Coms », aucun montant pour « Training » et USD 28,000 pour « Travel ». Là encore, aucune ligne ne portait le nom de traduction, de localisation, d’interprétation ou de services linguistiques. En outre, ce budget relevait d’un contrôle distinct. Les USD 10,000 ne peuvent être combinés aux USD 12,000 du budget de gestion pour fabriquer une enveloppe de USD 22,000 à la disposition d’AFRINIC. Cette addition serait arithmétiquement simple mais institutionnellement fausse.

La même discipline vaut pour les totaux. Le fait que le budget de gestion prévoie USD 131,529 de dépenses et que le budget d’exploitation en indique USD 279,319 ne justifie ni l’affirmation d’un pool unique, ni l’idée que la différence avec les recettes serait un réservoir implicite pour les langues. Le gain projeté de USD 1,971 appartient à la structure du budget de gestion telle qu’elle a été présentée ; il n’est pas une affectation à la traduction. Les recettes attendues de USD 109,000 ne sont ni un don encaissé ni une subvention linguistique. Chaque montant dit ce que son intitulé permet de dire, rien de plus.

Une ligne dédiée aurait rendu possible une première forme de contrôle : montant approuvé, période, détenteur du budget et comparaison ultérieure avec les engagements et les livraisons. Une sous-ligne publiée dans l’enveloppe composite aurait déjà réduit l’ambiguïté. Ici, aucune des deux n’apparaît. L’organisation pouvait conserver de la souplesse ; les membres perdaient en échange la possibilité de savoir, à partir du tableau approuvé, quelle capacité linguistique avait été achetée.

L’offre de soutien : une volonté n’est pas une obligation acceptée

Le compte rendu ajoute un élément qui peut donner l’impression que la lacune budgétaire avait été comblée. Une personne représentant l’Agence Intergouvernementale de la Francophonie, avec le ministre français des Affaires étrangères, a exprimé la volonté de soutenir les activités de traduction d’AFRINIC. Ces acteurs ont aussi déclaré qu’ils fournissaient déjà une traduction pour la réunion en cours.

Cette déclaration est une preuve de volonté et le compte rendu rapporte l’existence d’une traduction de la réunion. Elle n’est pas un contrat. Aucun montant n’est indiqué. Aucun engagement en nature n’est valorisé. Aucune durée n’est précisée. Aucune acceptation formelle par AFRINIC n’est consignée. On ne connaît ni les conditions éventuelles, ni le financeur exact, ni le prestataire, ni le nombre de personnes mobilisées. Une offre ouverte peut alléger une contrainte immédiate, mais elle ne devient une capacité institutionnelle qu’une fois ses obligations, son contrôle et ses livraisons définis.

La traduction de la réunion elle-même reste impossible à mesurer. Le dossier ne dit pas si le service était une interprétation orale, une traduction écrite ou une combinaison des deux. Il ne précise pas s’il était simultané ou consécutif, s’il couvrait toutes les sessions ou quelques interventions, s’il était accessible à distance, ni pendant combien d’heures. Il ne nomme aucune langue cible. Il n’indique pas le nombre d’interprètes ou de traducteurs, leurs qualifications, leur méthode terminologique, le taux d’utilisation du service ou les demandes de correction.

Il serait donc excessif d’écrire que la réunion a été pleinement multilingue. Il serait tout aussi excessif d’écrire qu’aucune traduction n’a existé. Le fait soutenu se situe entre ces deux absolus : une traduction de la réunion en cours a été déclarée comme déjà fournie, mais sa portée et sa qualité ne peuvent pas être quantifiées. Ce constat ne s’étend pas aux documents ni au site web. Une interprétation ponctuelle dans une salle ne traduit aucune page par elle-même, ne maintient aucune version et ne garantit aucune continuité après la clôture de la réunion.

Le nom de la Francophonie invite à un raccourci particulièrement trompeur. Une institution peut porter un nom associé à une langue sans que chaque service qu’elle soutient soit, dans un dossier donné, prouvé dans cette langue. La présence d’un ministre français ne résout pas l’inconnue. Seul un document indiquant la langue du service le ferait. Tant qu’il manque, affirmer « français » substituerait une déduction culturelle à une trace opérationnelle.

Enfin, le soutien extérieur modifie l’emplacement du contrôle. Si un donateur paie ou fournit le service hors du budget approuvé, les membres peuvent bénéficier d’un accès immédiat tout en restant incapables d’en connaître le prix, les conditions, la pérennité ou le responsable. Le coût n’a pas disparu ; il a été déplacé. La capacité n’appartient pas nécessairement à l’organisation ; elle peut dépendre de la présence et de la bonne volonté d’un tiers. C’est précisément pourquoi il faut distinguer une aide ponctuelle, un accord accepté, une dépense engagée et une fonction durable.

Ce qui a été décidé, et seulement cela

Au terme de la discussion, tous les membres présents ont adopté l’ensemble du budget 2004 par consensus. C’est le statut exact de la décision. Le compte rendu ne donne pas leur nombre, leurs identités, leurs positions individuelles ou un appel nominal. Il ne permet pas de dire que tous les membres d’AFRINIC, tous les opérateurs de réseau, toutes les communautés linguistiques, tous les pays ou tous les internautes étaient présents ou représentés.

Le consensus sur le budget entier ne se décompose pas automatiquement en une série de décisions autonomes sur chaque question posée pendant la séance. Aucun amendement créant une ligne de traduction n’est consigné. Aucun vote distinct n’est rapporté. Aucune résolution n’accepte l’offre de la Francophonie et du gouvernement français. Aucun contrat, montant, calendrier ou langue cible ne naît du consensus général. Celui-ci a adopté l’instrument budgétaire dans son ensemble ; il n’a pas transformé la discussion linguistique en programme séparé.

Cette distinction n’affaiblit pas le fait institutionnel. Elle le situe. Une société privée peut adopter son budget selon ses règles et engager ses organes dans le périmètre de ses affaires. Ce vote est un acte corporatif réel. Mais il n’est pas une loi régionale, une appropriation de droit public pour l’Afrique ou une autorisation donnée par les personnes absentes. L’officialité du compte rendu prouve que l’acte et les propos ont été consignés dans ce cadre ; elle ne prouve pas, par sa seule origine officielle, la légitimité d’un mandat plus large.

La présentation budgétaire comporte d’ailleurs une nuance documentaire. Elle désigne l’événement du 24 mai 2004, tandis que ses pieds de page affichent le 31 mai 2004. Cette seconde date ne permet pas d’affirmer que la présentation a été publiée pour la première fois, créée ou révisée ce jour-là. Le compte rendu public envoyé le 4 juin 2004 fournit une relation proche de l’événement, onze jours après l’assemblée. Le PDF officiel conservé ailleurs reproduit la séquence, mais ses métadonnées ultérieures empêchent de le traiter comme le fichier contemporain original.

Ces différences de support renforcent une règle simple : le document établit ce qu’il contient, pas une histoire de publication qu’il ne raconte pas.

Du prix absent à la capacité non démontrée

Une capacité de traduction n’est pas une intention exprimée. Pour les documents, il faudrait au minimum connaître les titres, les versions sources, les langues cibles, le nombre de pages ou de mots, le niveau de qualité demandé, la date de remise et la personne chargée de valider la concordance. Pour le site web, il faudrait un inventaire des surfaces, une fréquence de mise à jour, une méthode de publication, un traitement des corrections et un propriétaire de la maintenance. Pour une réunion, il faudrait les sessions, les heures, les modalités, les canaux d’accès et les qualifications du personnel.

Rien de cela n’est chiffré ou attribué dans le dossier de 2004. Aucun prix unitaire n’est disponible. Aucun volume financé n’est indiqué. Aucun effectif de traducteurs ou d’interprètes n’est mentionné. Aucun service interne ou externe n’est nommé comme propriétaire. Aucun fournisseur, appel d’offres, bon de commande, facture ou reçu de livraison n’est conservé dans les éléments examinés. Aucun calendrier ne relie l’attention portée à la traduction à une date de mise en œuvre.

L’absence de langue cible empêche d’évaluer la couverture. Une ligne générale de traduction sans matrice linguistique pourrait financer une seule version de quelques pages comme un programme plus ample ; elle ne permettrait pas de distinguer les deux. Ici, même cette ligne générale manque. La formule « langues autres que l’anglais » ouvre le champ des besoins sans dire lequel serait servi. Elle reconnaît une pluralité possible, non un ensemble contracté.

L’absence d’acceptation formelle de l’aide extérieure empêche d’assigner une obligation. La volonté exprimée pourrait avoir débouché sur un accord, être restée informelle, avoir couvert seulement la réunion ou ne pas avoir continué. Le dossier ne tranche pas. L’absence de documents de maintenance empêche également de confondre livraison initiale et continuité. Une traduction exacte le jour de sa publication peut devenir trompeuse si la version source change et que personne n’actualise la version traduite.

Cette chaîne peut se résumer sans effacer ses différences. Une question reconnaît un besoin. Une priorité explique pourquoi une capacité n’est pas nommée dans le budget. Une offre signale une ressource possible. Une déclaration de service indique qu’une aide existait pendant la réunion, sans en mesurer l’étendue. Un vote général adopte un budget. Aucun de ces éléments, seul ou combiné, ne prouve une capacité durable de traduction des documents et du site.

Le meilleur argument en faveur du choix de démarrage

Le dossier autorise une défense sérieuse de la décision de gestion. Une jeune organisation devait se constituer, recruter, mettre en place son infrastructure, se conformer aux critères nécessaires à sa reconnaissance et préparer un service indépendant. Ses recettes de gestion dépendaient largement d’un soutien attendu. La traduction, surtout celle d’un site vivant et de documents susceptibles d’évoluer, crée un coût récurrent : chaque modification du texte source peut exiger une mise à jour, une vérification et une nouvelle publication.

Dans ces conditions, consacrer immédiatement une ligne importante à la localisation aurait pu détourner des ressources d’un noyau institutionnel encore instable. Une enveloppe composite de communication pouvait offrir une flexibilité utile. Une traduction de réunion prise en charge en nature par des partenaires pouvait réduire le coût immédiat. La présence de USD 37,700 pour la formation dans le budget de gestion montre en outre qu’une dépense substantielle liée au développement de capacités était prévue, même si elle ne concernait pas la traduction.

Cet argument a du poids parce qu’il correspond aux contraintes déclarées : phase de démarrage, dépendance envers des soutiens attendus, deux budgets sous contrôles différents et recherche de reconnaissance. Il interdit une accusation facile de mauvaise foi. L’absence d’une ligne dédiée ne prouve ni l’indifférence, ni une dépense nulle, ni l’absence totale d’aide linguistique. Une organisation peut raisonnablement séquencer ses investissements.

Mais la défense ne transforme pas la souplesse en capacité mesurée. Une enveloppe composite reste illisible sur son usage linguistique. La formation ne se change pas en traduction parce qu’elle contribue, elle aussi, à la participation. Une aide de réunion ne localise pas un site. Une volonté de soutien ne finance rien tant qu’elle n’est pas acceptée, évaluée et mise sous obligation. La réponse la plus solide n’est donc pas un verdict moral sur les dirigeants ; c’est le constat d’un écart de responsabilité entre un besoin reconnu et une capacité auditable.

Un séquençage explicite aurait pu préserver la priorité de démarrage tout en rendant la traduction contrôlable. La direction aurait pu annoncer un déclencheur : après telle étape de reconnaissance, un responsable préparerait un budget, une liste de surfaces et une matrice de langues. Elle aurait pu dater ce report et indiquer la condition de retour devant les membres. Le dossier ne montre aucun dispositif de ce type. Il ne permet pas d’affirmer qu’il n’existait nulle part ; il permet seulement de constater qu’il n’est pas dans la décision ou le tableau disponibles.

L’accès linguistique est un bien concret, pas une chaîne d’autorisation

Pour un participant qui ne maîtrise pas la langue de travail, le coût de l’accès ne se limite pas au prix d’un billet d’entrée. Il peut falloir payer sa propre traduction, mobiliser un collègue, passer plus de temps à préparer une intervention, accepter de lire un résumé imparfait ou renoncer à intervenir. La traduction peut réduire cette friction. Elle peut améliorer la compréhension d’un budget, permettre de détecter une erreur, rendre une question possible et faciliter la comparaison entre la décision annoncée et ses conséquences.

Le dossier de 2004 ne contient cependant aucune donnée au niveau des participants. Il ne mesure ni les langues demandées, ni le nombre d’utilisateurs du service de réunion, ni la compréhension, ni les interventions rendues possibles, ni la satisfaction. On ne peut donc pas affirmer que la traduction a modifié l’issue du consensus, augmenté la présence ou résolu une exclusion déterminée. Le mécanisme est plausible et institutionnellement important ; son effet concret lors de cette assemblée reste inconnu.

La valeur de l’accès ne doit surtout pas être gonflée en mandat. Une salle plus accessible peut recueillir davantage d’informations et permettre à davantage de personnes présentes de parler. Elle ne donne pas à ces personnes l’autorité de représenter celles qui ne les ont pas mandatées. Une traduction de réunion ne transforme pas des participants en électorat continental. Un site multilingue ne rend pas une société privée souveraine sur les territoires dont parlent ses pages.

La représentation exige une chaîne d’autorisation distincte : qui a choisi le représentant, pour quelle question, avec quel pouvoir de contrôle et quel moyen de révocation ? La participation fournit de l’expérience, des objections et des faits. Elle ne répond pas par elle-même à ces questions. Le consensus de tous les membres présents est exactement cela : le consensus des membres présents, non celui de toutes les parties affectées.

Cette séparation protège aussi la traduction contre une instrumentalisation symbolique. Si l’on présente le multilinguisme comme une preuve automatique de légitimité régionale, la qualité réelle du service devient secondaire. Il suffit alors d’afficher des langues. À l’inverse, si l’on juge le programme comme une capacité, il faut examiner les versions, les délais, les corrections et l’usage. La traduction retrouve ainsi sa valeur propre : réduire un coût d’information dans un cadre délimité.

AFRINIC : teneur de registre privé et coordinateur, rien de plus

AFRINIC est un teneur de registre privé et un coordinateur. Dans ce rôle étroit, l’organisation peut tenir des registres, coordonner l’allocation et l’enregistrement de ressources numériques, convoquer des réunions, adopter un budget, acheter des services et faciliter l’accès linguistique. La traduction peut l’aider à mieux remplir ces fonctions. Elle n’élargit pas la nature de ces fonctions.

AFRINIC n’est ni un État, ni un législateur, ni un régulateur public, ni une force de police. Elle n’exerce aucun pouvoir souverain, législatif, réglementaire, punitif, policier, de poursuite, confiscatoire, territorial ou continental. Elle ne possède ni l’Afrique ni les ressources numériques du continent et ne représente pas automatiquement ses opérateurs, ses habitants, ses États ou ses communautés linguistiques. Ni une réunion officielle, ni un consensus interne, ni une contribution d’un donateur, ni une traduction, ni une reconnaissance par l’ICANN ne peuvent produire de tels pouvoirs.

Cette doctrine n’annule pas les actes corporatifs. Elle les empêche de devenir autre chose que ce qu’ils sont. Un budget adopté engage l’organisation selon ses règles applicables. Un registre utile peut coordonner des données dont l’unicité et l’exactitude ont une valeur opérationnelle. Une traduction bien conduite peut rendre ces opérations plus compréhensibles. Mais le registre reste un instrument de tenue et de coordination ; il ne devient pas un trône parce que son compte rendu est officiel ou parce que des participants approuvent son budget.

Les sources officielles exigent donc une lecture à deux niveaux. Elles sont les meilleures preuves des dates, des montants, des intitulés, des propos attribués et de la décision consignée. Elles ne se certifient pas elles-mêmes comme légitimes sur un champ plus vaste. L’authenticité d’un acte et l’étendue de l’autorité de son auteur sont deux questions séparées. Le compte rendu peut prouver qu’un consensus a eu lieu sans prouver que ce consensus liait ceux qui n’avaient donné aucun mandat.

Le rôle des autres couches doit rester tout aussi net. NRS peut faire de la recherche et du plaidoyer, réunir des acteurs et représenter les seuls membres qui l’ont expressément autorisé ; NRS n’exploite ni registre, ni RPKI, ni WHOIS ou RDAP, ni mécanisme de recours ou de règlement, ni élections, ni garde, ni continuité opérationnelle. LARUS apporte une lecture de la réalité opérateur et du rôle étroit d’un registre, mais n’est pas témoin de la réunion de 2004.

BTW.Media peut analyser le coût de la participation et la différence entre ouverture formelle et accès pratique, mais ne remplace pas le compte rendu primaire de la question budgétaire. La compétence de chaque acteur s’arrête là où commence l’attribution non prouvée.

Le périmètre que cette enquête refuse de franchir

Cette enquête n’évalue pas la conception complète ni la soutenabilité générale du budget 2004. Elle ne reconstruit pas toutes ses lignes et ne reprend la décision sur l’ensemble que pour préciser qu’aucune décision séparée sur la traduction n’est consignée. Elle n’aborde ni les catégories de frais des registres locaux, ni leurs prix, ni les objections, dissensions, abstentions ou révisions ultérieures. Elle ne transforme pas non plus les questions distinctes sur la formation et les voyages en sujets autonomes.

Elle ne raconte pas une histoire générale des langues chez AFRINIC ou en Afrique. Elle n’introduit aucune politique linguistique de 2005, aucun état ultérieur du site et aucun débat postérieur. Elle ne se prononce pas sur la visibilité de versions linguistiques d’autres documents publiés plus tôt. Elle ne projette ni litige, ni élection, ni crise institutionnelle, ni mesure d’exécution ultérieure sur les motifs exprimés en mai 2004.

Ce resserrement n’est pas une pauvreté d’analyse. Il évite trois collisions. D’abord, la question de traduction ne devient pas un récit de l’ensemble du budget. Ensuite, les montants de formation, de voyage et de communication restent des éléments de contexte et non des substituts à une ligne linguistique. Enfin, l’absence de données ultérieures interdit d’utiliser le recul historique pour réécrire une décision de démarrage.

Le résultat est moins spectaculaire mais plus utile. La réunion a reconnu une question de coût. La direction a annoncé une priorité différente dans un budget dépendant de soutiens attendus. Des acteurs extérieurs ont exprimé leur volonté d’aider et déclaré fournir une traduction de la réunion. Les membres présents ont adopté le budget entier. Entre ces quatre faits subsistent des espaces non remplis : prix, langues, volume, personnel, contrôle, acceptation, maintenance et preuve de livraison.

La conclusion que les preuves permettent

Le débat fondateur ne montre pas que la traduction était gratuite, impossible, rejetée ou financée. Il montre qu’elle était une capacité institutionnelle à choisir et à payer. La jeune organisation a reconnu la question tout en déclarant diriger ses ressources disponibles vers son renforcement et sa reconnaissance formelle. Le tableau a chiffré des catégories proches, mais aucune catégorie linguistique. L’aide extérieure a été évoquée, mais non quantifiée ni formellement acceptée dans le dossier. La traduction de la réunion a été rapportée, mais sans langue, support, étendue, coût ou mesure de qualité.

Il faut donc tenir simultanément deux idées. Le choix de démarrage pouvait être raisonnable dans une organisation aux moyens rares et dépendante de donateurs. Pourtant, un choix raisonnable ne devient pas une capacité vérifiable par la seule force de son explication. Sans ligne, sous-ligne, accord valorisé, responsable, quantité et reçu, les membres ne pouvaient pas lire dans le budget ce qu’ils recevraient en matière d’accès linguistique.

Le remède n’aurait pas été d’attribuer à AFRINIC davantage d’autorité. Il aurait été de rendre son rôle privé plus précisément comptable : définir ce qui serait traduit, dans quelles langues, sous quel contrôle, pour quel coût, à quelle date et selon quelle version. La bonne gouvernance n’est pas ici un registre plus souverain. C’est un teneur de registre plus lisible sur la capacité qu’il finance et plus modeste sur ce que ses cérémonies internes peuvent autoriser.