Résumé
- Le rapport d’AFRINIC-10 fait état de 42 répondants pour un événement comptant 135 participants : 42/135 = 14/45 = 0,311111… = 31,111111… %. Ce rapport de nombres, utile pour borner la lecture, n’est pas un taux de réponse démontré puisque le cadre d’invitation, l’éligibilité et l’unicité des réponses ne sont pas documentés.
- Les résultats livrent un tableau de service mêlé, et donc exploitable : satisfaction élevée sur plusieurs aspects de la rencontre, mais critiques nettes du site web et signaux plus modestes sur certains services ou sessions. Ils décrivent les répondants et le résumé publié, jamais tous les participants, les membres, les opérateurs, l’Afrique ou un mandat institutionnel.
- Une bonne pratique exige de publier les dénominateurs par question, les comptes bruts, les non-réponses, les règles de codage et la chaîne d’autorité séparée. La participation est une preuve, pas une autorisation ; un registre demeure un teneur de livres et un coordinateur privé, sans pouvoir souverain.
Quarante-deux réponses, et une limite qui rend le résultat lisible
AFRINIC-10 s’est tenue conjointement avec AfNOG à l’InterContinental Cairo Citystars Hotel, au Caire, du 10 au 21 mai 2009. Le rapport officiel d’AFRINIC compte 135 participants à l’événement. Dans la partie consacrée au sondage, il annonce 42 répondants. La première opération intellectuelle n’est donc ni de célébrer ni de disqualifier le questionnaire, mais de conserver les deux nombres ensemble. Leur rapport exact est 42/135 = 14/45 = 0,311111… = 31,111111… %. Par complément, 93 personnes se trouvent hors du nombre des répondants ; 93/135 = 31/45 = 68,888888… %.
Ce calcul aide l’instrument au lieu de le détruire. Il empêche une réponse pratique, recueillie auprès d’un groupe réel, de prendre rétrospectivement la taille d’un corps qu’elle n’a pas mesuré. Il indique l’échelle à laquelle les observations restent solides : 42 formulaires rapportés, et non 135 expressions d’opinion. Il rend également visible l’espace d’incertitude : 93 unités séparent le nombre des participants annoncé pour l’événement du nombre des répondants annoncé pour le sondage.
Nous ne savons cependant pas si ces 93 personnes étaient toutes éligibles, invitées, présentes au moment du rappel ou capables de répondre dans les modalités proposées. Ce sont des personnes hors du compte des répondants, pas des « non-répondants » dont le statut individuel et les raisons seraient établis.
Le nom précis du calcul compte. Il s’agit d’un ratio du nombre de répondants au nombre de participants à l’événement, ou d’un ratio brut de couverture. On ne peut l’appeler taux de réponse au sens méthodologique sans ajouter immédiatement que le rapport ne démontre pas un cadre commun d’invitation et d’éligibilité, des invitations uniques ni des répondants uniques. Un taux de réponse suppose de savoir qui pouvait répondre, qui a effectivement reçu l’instrument, quels envois ont échoué, qui a commencé, qui a terminé et quelles réponses ont été exclues.
Ici, le numérateur et le dénominateur viennent de deux comptes publiés, mais leur relation administrative exacte n’est pas fournie.
Cette réserve évite deux erreurs opposées. La première consisterait à dire que 31,111 % des participants ont répondu comme si l’identité entre le cadre de l’événement et celui du sondage était prouvée. La seconde consisterait à jeter les 42 réponses au motif qu’elles ne représentent pas tout le monde. Les réponses sont des observations directes de personnes ayant choisi ou pu compléter le questionnaire. Elles peuvent révéler une friction, une satisfaction, une priorité de service ou une question à approfondir.
Leur utilité opérationnelle ne dépend pas d’une prétention à représenter une population ; elle dépend de la précision avec laquelle on expose ce qu’elles couvrent et ce qu’elles ne couvrent pas.
Des catégories qui ne sont jamais interchangeables
Le rapport donne un détail rare et utile : à la question sur l’appartenance, 22 réponses se déclarent membres, 19 non-membres et une réponse omet cette information. L’addition est exacte : 22 + 19 + 1 = 42. Cette ventilation améliore la lecture, mais elle ne permet pas de conclure que 22 organisations membres distinctes ont répondu. Une personne peut répondre en son nom, plusieurs personnes peuvent être liées à une même organisation, et le statut déclaré ne prouve ni la qualité de représentant légal ni l’existence d’une délégation pour engager l’organisation. L’omission unique doit rester une omission, non une catégorie à deviner.
Il faut donc maintenir plusieurs ensembles séparés. Un répondant est une personne ou une unité de réponse contenue dans le compte publié. Un participant à l’événement appartient au compte de 135 annoncé par le rapport, sans que sa présence jour par jour ou session par session soit détaillée ici. Un membre d’AFRINIC relève d’une relation institutionnelle spécifique. Une organisation membre est une personne morale, non automatiquement identique à l’individu qui remplit un formulaire. Un électeur suppose des règles d’éligibilité et une habilitation particulières.
Un opérateur affecté peut ne pas être membre, ne pas avoir assisté à la rencontre ou ne pas avoir eu accès au sondage. Un utilisateur final peut subir des effets opérationnels sans jamais apparaître dans ces catégories. Enfin, une communauté est une description sociale, pas une personne juridique capable de déléguer indistinctement son autorité.
Ces distinctions ne sont pas de la prudence abstraite. Elles déterminent ce qu’une phrase signifie. « Parmi les répondants » est une formulation compatible avec les données rapportées. « Les participants ont décidé » transforme 42 réponses en 135 positions sans preuve. « Les membres soutiennent » confond des déclarations individuelles avec des organisations et ignore au minimum les 19 non-membres et l’omission. « Les opérateurs africains approuvent » invente à la fois une population, un échantillonnage et une géographie représentative.
« La communauté a donné mandat » efface le principal, la délégation et la règle qui transformeraient une préférence en pouvoir. Chaque glissement agrandit le sujet grammatical tout en laissant le matériau probant inchangé.
La doctrine de contrôle est nette : la participation est une preuve, non une autorité ; le consensus est un jugement technique, non une souveraineté ; la communauté décrit des liens, elle ne constitue pas par elle-même un principal. Un registre de numéros internet est un teneur de livres et un coordinateur privé. Il peut administrer des inscriptions, fournir des services et soutenir une coordination parce que des acteurs reconnaissent et utilisent ses registres. Il n’acquiert pas pour autant un pouvoir législatif, réglementaire, policier, de poursuite, judiciaire, punitif, confiscatoire ou de propriété.
Un questionnaire sur une rencontre ne peut créer aucun de ces pouvoirs par agrégation rhétorique.
Ce que le sondage a réellement appris
Le rapport d’AFRINIC indique que 72,5 % ont déclaré que leurs raisons d’assister avaient été pleinement satisfaites. Il affirme aussi que les répondants étaient très satisfaits du lieu, de l’inscription et du contenu. Sur la forme de la réunion, 64 % ont jugé le format plus approprié. Ces résultats ont une portée pratique évidente. Une équipe chargée de l’événement peut y voir que plusieurs dimensions centrales ont bien fonctionné pour une part importante du groupe ayant répondu. Elle peut maintenir l’organisation qui a soutenu cette expérience et rechercher ce qui explique les évaluations moins favorables.
Mais le tableau n’est pas un communiqué d’autosatisfaction uniforme. Pour le site web, 56 % ont qualifié le contenu de très utile, tandis que 58 % l’ont trouvé « quelque peu » navigable, formulation plus mesurée qu’une approbation sans réserve. Surtout, 95 % ont indiqué qu’une amélioration était nécessaire. Pris ensemble, ces trois chiffres signalent un service dont le contenu peut être apprécié alors que l’accès, l’architecture ou l’usage demandent du travail.
Une institution attentive ne devrait pas sélectionner le 56 % et laisser disparaître le 95 % ; la valeur du sondage réside dans la coexistence d’un actif reconnu et d’une faiblesse presque unanimement signalée parmi les réponses pertinentes.
Le rapport indique encore une lecture de la newsletter à 51 %, un contenu de newsletter jugé très utile à 50 % et des communications estimées suffisantes à 75 %. Il relève 39 % pour la session destinée aux nouveaux venus et 33 % pour la présentation MyAFRINIC. Ces valeurs ne racontent pas la même histoire. Certaines concernent une appréciation, d’autres un usage ou une présence rapportée ; elles ne doivent donc pas être aplaties dans un indice général de satisfaction. Une communication jugée suffisante n’implique pas que chaque canal soit lu.
Une présence plus limitée à une session peut refléter sa cible, son horaire, la disponibilité ou l’intérêt, sans que le document permette de choisir une explication.
Il serait tentant de convertir chacun de ces pourcentages en nombre de personnes en multipliant par 42. Ce serait injustifié. Plusieurs produits donnent des personnes fractionnaires : 72,5 % de 42 ne correspond pas à un entier, pas plus que diverses autres valeurs publiées. Cela est compatible avec un arrondi, avec des dénominateurs différents selon les questions, ou avec les deux. Cela ne prouve aucune de ces possibilités séparément. Le rapport ne fournit pas le dénominateur propre à chaque item, ni les comptes exacts correspondants.
Il faut donc préserver les pourcentages tels qu’ils sont publiés, comme valeurs arrondies, sans reconstituer artificiellement des effectifs.
La règle vaut aussi pour les sous-groupes. Même si 22 répondants ont déclaré un statut de membre et 19 un statut de non-membre, aucun tableau croisé publié ici ne permet d’affirmer quel groupe a porté tel jugement sur le lieu, le site ou une session. On ne sait pas si tous les répondants ont répondu à chaque question. On ne sait pas combien ont laissé un item vide, si certaines questions étaient conditionnelles, ni comment les réponses multiples éventuelles ont été comptées. Présenter une ventilation inventée donnerait une fausse granularité à un rapport qui reste agrégé.
Le résultat le plus responsable est donc un tableau mêlé. Le sondage conserve des appréciations favorables sur la satisfaction des raisons de présence, le lieu, l’inscription, le contenu et le format. Il expose en même temps un besoin d’amélioration du site, une navigation seulement partiellement convaincante et des niveaux plus mesurés pour certains usages ou sessions. Cette combinaison est un signe de valeur : le rapport n’a pas publié que des applaudissements. Elle n’efface toutefois pas la question du dénominateur.
Un retour critique demeure le retour du groupe qui a répondu aux items concernés, pas une cartographie représentative de tous les intérêts absents.
L’iPod Nano : un fait d’administration, pas une cause prouvée
Le 21 mai, pendant la plénière de clôture, les personnes présentes ont été invitées à remplir le formulaire du sondage pour avoir une chance de gagner un iPod Nano. L’ordre du jour officiel réservait de 16 h 15 à 16 h 30 un créneau « Lucky Draw-Survey ». Ces deux éléments établissent qu’un tirage au sort et un prix faisaient partie de l’administration de l’enquête. Ils ne permettent pas de mesurer leur effet.
Un prix peut être un outil raisonnable pour obtenir davantage de formulaires dans le temps limité d’une rencontre. Il peut rappeler l’enquête à des personnes qui auraient autrement oublié de la compléter. Il peut aussi modifier la composition du groupe qui prend quelques minutes pour répondre. Mais ni l’ampleur ni la direction de cet effet ne sont connues. Rien ne permet de dire que l’iPod a rendu les réponses plus favorables, plus défavorables ou moins attentives. Parler de corruption des réponses, de pot-de-vin ou de biais positif établi dépasserait les preuves disponibles.
L’incitation doit néanmoins figurer dans toute lecture méthodologique parce qu’elle appartient aux conditions de collecte. Avec la langue du formulaire, son mode de distribution, son calendrier et la confidentialité promise, elle fait partie de l’environnement qui influence la possibilité et la motivation de répondre. La bonne pratique n’est pas de condamner le mécanisme après coup, mais de le documenter suffisamment pour que les lecteurs distinguent une réponse spontanée, une réponse sollicitée et une réponse encouragée par un tirage au sort. En 2009, le rapport et l’agenda permettent au moins de savoir que cette incitation existait.
La chaîne où l’information se précise, se perd ou change d’échelle
Une réponse publiée traverse plusieurs étapes. Au départ se trouve l’expérience individuelle : une personne arrive avec son rôle, ses attentes, son financement, ses contraintes de voyage, son aisance linguistique, son temps disponible et les sessions auxquelles elle a réellement assisté. Cette expérience n’est pas le questionnaire. Elle devient donnée seulement à travers des questions, des options de réponse et des espaces éventuels de commentaire. Le libellé peut rendre une nuance visible ou l’effacer ; une échelle peut séparer « très satisfait » et « satisfait », ou les réunir dans le résumé.
Viennent ensuite l’éligibilité, la remise du formulaire et l’autosélection. Nous ignorons combien de formulaires ont été distribués, à qui, dans quelle langue et par quel canal. Nous ignorons si les 135 participants annoncés formaient tous le public invité, si certaines personnes n’étaient présentes qu’une partie de la rencontre, si un accès à distance existait dans le cadre du sondage, et si chaque réponse correspondait à une personne unique comprise dans les 135. Ce ne sont pas des soupçons ; ce sont des cases non renseignées dans la description disponible.
La complétion introduit une autre couche. Une personne peut commencer sans finir, répondre aux questions sur le lieu mais pas à celles sur les services, ou omettre son statut de membre. Le rapport confirme au moins cette dernière forme de manque en comptant une omission sur la ventilation 22/19/1. Sans registre des valeurs manquantes par item, le lecteur ne peut pas savoir si chaque pourcentage partage le même dénominateur. Une publication robuste conserve les réponses partielles au lieu de les faire disparaître, mais indique précisément où elles interviennent.
AFRINIC intervient ensuite comme collecteur. Il faut normalement vérifier les doublons, décider quelles réponses sont valides et enregistrer les exclusions. Puis les réponses ouvertes doivent être codées, les choix fermés comptés, les dénominateurs définis et les pourcentages arrondis. À chacune de ces étapes, une règle légitime peut changer l’apparence du résultat. Fusionner deux thèmes proches dans un commentaire libre peut faciliter la lecture, mais réduit la diversité du langage original. Arrondir produit une valeur simple, mais empêche parfois de retrouver l’effectif.
Exclure un formulaire incomplet peut clarifier un item et modifier la base de calcul.
Le rapport de réunion constitue une nouvelle compression. Les rédacteurs sélectionnent les résultats qui tiennent dans une synthèse et choisissent les formulations qui les relient. La phrase selon laquelle les répondants étaient très satisfaits du lieu, de l’inscription et du contenu est une affirmation officielle d’AFRINIC sur son résumé des données ; elle n’est pas un accès aux formulaires bruts. Le document prouve qu’AFRINIC a publié ces mots et ces nombres. Il ne prouve pas, par sa seule qualité officielle, que la catégorie « communauté » représentait chaque personne concernée ou qu’un jugement de service créait une autorisation.
Enfin vient la citation ultérieure. Un lecteur peut reprendre « 72,5 % » en conservant « parmi les réponses à cet item », ou supprimer progressivement la qualification. Le résultat peut devenir « les répondants étaient satisfaits », puis « les participants étaient satisfaits », puis « les membres soutenaient », puis « la communauté a validé ». Aucun nouveau formulaire n’entre dans la chaîne, mais le sujet de la phrase grandit à chaque reprise. C’est le mécanisme d’impact central : l’effacement du dénominateur permet à un compte de retour de service de se transformer rhétoriquement en mandat.
La chaîne complète va ainsi de l’expérience du répondant au questionnaire et à ses options ; de la remise, de l’incitation et de l’autosélection à la complétion et aux items manquants ; de la collecte par AFRINIC aux contrôles, au codage et à l’arrondi ; de la sélection éditoriale au rapport ; puis du rapport aux citations et aux conclusions de service, de politique ou d’autorité. Il n’est pas nécessaire d’alléguer une manipulation pour constater des pertes possibles. Une synthèse honnête peut perdre de l’information par simple compression. La réponse appropriée est la traçabilité, pas l’accusation.
Ce qui demeure inconnu
Le questionnaire vierge et le libellé exact des questions ne sont pas établis dans le dossier disponible. La langue ou les langues proposées, l’accessibilité, le support matériel ou numérique et le mode de réponse ne le sont pas davantage. Nous ne connaissons ni le nombre de formulaires ou d’invitations émis, ni le nombre livré, ni le cadre d’éligibilité. Nous ne savons pas si tous les 135 participants étaient invités ou si les 42 réponses étaient uniques et toutes rattachées à ce compte de participants.
Le traitement d’éventuels participants à distance, la duplication au niveau des organisations, l’anonymat et la possibilité de relier une réponse à une identité restent également inconnus. Les dénominateurs par question, les effectifs exacts, les règles concernant les questionnaires partiels, les exclusions et les doublons ne sont pas fournis. Les données brutes, les profils de valeurs manquantes, le codage des commentaires libres et les critères de sélection éditoriale ne sont pas accessibles dans ce résumé. L’effet de l’incitation n’est pas mesuré.
La représentativité, le sens du biais de non-réponse et un éventuel effet causal du sondage sur des décisions ultérieures ne peuvent être établis. La date exacte de publication du rapport après la rencontre et l’auteur précis de la section du sondage ne sont pas déterminés.
Cette liste d’inconnues n’est pas une manière de déclarer le résultat vide. Elle sépare ce qui est réellement documenté de ce qu’une méthodologie plus complète aurait permis d’évaluer. Nous connaissons les comptes globaux 135 et 42, la ventilation déclarée 22/19/1, plusieurs pourcentages, l’existence du prix et le créneau du tirage. Ce socle suffit pour une analyse de retour d’expérience. Il ne suffit pas pour une estimation de population, une pondération, un intervalle de confiance conventionnel ou une conclusion causale.
Il serait notamment trompeur de calculer une marge d’erreur. Une telle opération donnerait l’apparence mathématique d’un sondage probabiliste alors qu’aucun tirage aléatoire, cadre d’échantillonnage ou système de pondération n’est documenté. Le nombre 42 ne devient pas représentatif par l’ajout d’une formule. La rigueur consiste ici à ne pas fabriquer la propriété statistique qui manque. Les pourcentages publiés résument les réponses comptées selon des règles qui ne sont pas entièrement exposées ; ils ne permettent pas d’inférer avec une probabilité connue l’opinion d’un ensemble plus large.
Une incertitude de sélection qui va dans les deux sens
Les personnes très satisfaites peuvent être davantage disposées à remercier les organisateurs. Les personnes très insatisfaites peuvent être davantage motivées à signaler un problème. Les personnes intéressées par le prix peuvent répondre plus souvent, tout comme celles qui disposent de temps à la fin de la rencontre, maîtrisent la langue du questionnaire, se sentent proches de l’institution ou connaissent mieux ses services. Les contraintes de voyage, de financement, de poste et de présence aux sessions ont déjà façonné le groupe réuni au Caire avant même la distribution du sondage.
Aucune direction ne domine nécessairement. L’existence d’un 95 % demandant une amélioration du site pourrait indiquer que des critiques se sont fortement exprimées ; elle ne démontre pas que les répondants étaient globalement plus critiques que les absents. Les évaluations favorables du lieu et du contenu pourraient refléter une satisfaction réelle au sein du groupe ; elles ne prouvent pas que des personnes mécontentes ont évité le questionnaire. La sélection peut surreprésenter une extrémité, l’autre, les deux selon les items, ou des personnes simplement disponibles. Le dossier ne permet pas de trancher.
La seule conclusion défendable est donc symétrique : la satisfaction pourrait être surestimée ou sous-estimée par rapport à un ensemble plus large. Elle ne peut pas être pondérée vers l’ensemble des participants, l’adhésion d’AFRINIC, les opérateurs concernés ou l’Afrique. Cette symétrie protège l’analyse contre une instrumentalisation critique autant qu’institutionnelle. On ne peut utiliser les 93 personnes hors du compte des répondants pour inventer un désaccord silencieux, pas plus qu’on ne peut utiliser les 42 pour inventer une approbation générale.
Le meilleur argument en faveur du rapport
La défense la plus forte est simple : il s’agissait vraisemblablement d’un outil pratique de gestion d’événement, non d’une élection ou d’un sondage scientifique. Les organisateurs avaient besoin de savoir si le lieu, l’inscription, le contenu, le format, les communications, le site et certaines sessions répondaient aux besoins. Quarante-deux retours directs peuvent suffire à faire émerger un problème de navigation, confirmer une appréciation ou orienter une prochaine édition. Dans ce contexte, un tirage au sort peut être une technique raisonnable pour encourager la complétion avant le départ des participants.
Le rapport mérite aussi du crédit pour ce qu’il ne cache pas. Il donne le nombre de répondants. Il fournit la ventilation exacte des déclarations de statut, y compris une omission. Il publie une critique très forte du besoin d’amélioration du site à côté d’indicateurs favorables. Un document conçu uniquement pour produire des félicitations aurait pu éviter ces éléments. Le mélange des résultats lui donne une valeur de diagnostic et montre que les réponses n’ont pas été résumées en un seul score flatteur.
Cette défense doit être acceptée entièrement dans son domaine. Un sondage de service n’a pas besoin de représenter l’Afrique pour apprendre qu’un site pose problème à des utilisateurs. Une alerte issue de quelques réponses peut justifier une investigation, un test d’usage ou une correction. Même une réponse isolée peut révéler une panne réelle. Exiger une enquête probabiliste avant chaque amélioration opérationnelle paralyserait la gestion et confondrait la découverte d’un problème avec l’estimation de sa fréquence.
La réponse à cette défense n’est donc pas de diminuer les 42 personnes. Elle est de refuser le passage de la valeur au mandat. Les résultats décrivent le groupe répondant et le résumé qu’en a fait AFRINIC. Ils peuvent guider une décision de service dont l’institution possède déjà la compétence contractuelle ou administrative. Ils ne peuvent pas fournir l’autorisation séparée nécessaire pour engager des membres, limiter des droits, attribuer une souveraineté à une communauté ou élargir les pouvoirs d’un coordinateur privé.
L’utilité ne crée pas l’autorité
Le point de bascule apparaît lorsque la question change sans que l’instrument change. « Le contenu de l’événement a-t-il été utile ? » porte sur une expérience. « Qui peut décider au nom de quelles personnes ? » porte sur une chaîne d’autorisation. Une forte satisfaction envers le premier objet ne répond pas au second. Même si les 42 réponses avaient été unanimement positives, elles n’auraient pas établi que chaque participant avait délégué un pouvoir, que les organisations membres avaient autorisé leurs employés à les engager, ou que les opérateurs absents avaient accepté une conséquence.
Le même principe vaut pour le consensus. Dans un contexte technique, un consensus peut signaler qu’une solution paraît praticable à des personnes compétentes qui ont participé à une discussion. Cette appréciation mérite d’être considérée comme preuve et expertise. Elle n’est pas une souveraineté, ne transforme pas les participants en législateurs et ne fait pas d’une description sociale un principal juridique. Lorsqu’une décision affecte des droits, des actifs ou la possibilité de sortir d’un dispositif, il faut montrer la règle applicable, l’entité qui détenait le pouvoir, la délégation exacte et la conformité de l’acte à cette délégation.
La fonction du registre rend la distinction particulièrement importante. La tenue d’un registre coordonne des inscriptions auxquelles des réseaux et des acteurs donnent un effet par leurs propres opérations et leur reconnaissance. Cette influence peut être considérable, mais elle repose sur la confiance, les contrats et l’interopérabilité. Le teneur de livres n’est pas l’auteur souverain de la réalité qu’il enregistre. Il ne possède pas les réseaux, ne contrôle pas à lui seul le routage mondial et ne reçoit pas un pouvoir confiscatoire parce que des utilisateurs apprécient une réunion.
Le sondage d’AFRINIC-10 fournit ainsi une leçon plus durable que n’importe quel pourcentage isolé. Un dénominateur bien conservé agit comme une barrière contre l’agrandissement du sujet. Il dit : voici le groupe observé, voici les catégories connues, voici ce qui manque, voici ce que l’on peut améliorer. Quand cette barrière disparaît, « répondants » peut devenir « participants », « participants » peut devenir « membres », puis « communauté ». À l’arrivée, une préférence de service est présentée comme autorisation de contrôle alors qu’aucune étape supplémentaire de délégation n’a été documentée.
Ce qu’un meilleur dossier aurait contenu
Un compte rendu reproductible commencerait par un registre des dénominateurs. Il indiquerait le nombre de participants inscrits, puis le nombre de personnes effectivement présentes par jour et, lorsque c’est pertinent, par session. Il préciserait le nombre d’invitations au sondage, les formulaires remis ou messages livrés, les destinataires éligibles et les échecs de distribution. Il distinguerait les formulaires commencés, les complétions uniques, les réponses partielles, les exclusions et les doublons détectés.
Pour chaque question, il publierait le libellé exact, toutes les options, le dénominateur de l’item, les comptes bruts, les blancs et la règle d’arrondi. Il ajouterait des tableaux croisés membre/non-membre lorsqu’ils sont statistiquement et juridiquement raisonnables, sans exposer l’identité des personnes. Il décrirait les dates de terrain, les langues, le mode de collecte, les protections de confidentialité, l’iPod Nano et le tirage au sort. Pour les commentaires libres, il expliquerait le codage, la fusion des thèmes et les critères utilisés pour choisir les citations ou résumés.
Publier les nombres bruts à côté des pourcentages aurait une vertu immédiate. Le lecteur verrait si 72,5 % repose sur 40 réponses, sur un autre dénominateur ou sur une convention d’arrondi particulière, sans devoir tenter une reconstruction impossible à partir de 42. Les variations de base entre questions cesseraient d’être invisibles. Une omission, loin d’être une faiblesse honteuse, deviendrait une information sur l’instrument et sur la manière dont les personnes l’ont utilisé.
Le dossier devrait aussi séparer nettement les questions de service des questions d’autorité. Une même enquête peut légitimement demander si l’inscription était fluide ou si le site était navigable. Elle ne devrait pas servir à ratifier une politique, une dépense, un organe dirigeant ou une restriction. Si une question sensible à l’autorité doit être étudiée, une administration indépendante, un cadre d’éligibilité explicite et une chaîne d’autorisation propre sont nécessaires. L’opinion recueillie peut éclairer une décision ; elle ne remplace jamais l’acte qui la rend juridiquement possible.
Enfin, une comparaison entre répondants et non-répondants ne devrait être tentée que lorsque des données respectueuses de la vie privée existent. On pourrait examiner, à un niveau agrégé, la présence par jour, le type d’inscription ou d’autres caractéristiques préalablement définies. Sans ces données, il faut résister au désir de remplir le silence. Le dossier de 2009 ne nous dit ni qui sont les 93 personnes hors du compte, ni pourquoi elles n’apparaissent pas dans les réponses, ni ce qu’elles pensaient.
La conclusion que les nombres autorisent
Le rapport d’AFRINIC-10 a appris quelque chose de réel : 42 réponses ont fourni un retour exploitable sur une rencontre de 135 participants annoncés, avec une ventilation de statut exacte et des signaux de service à la fois favorables et critiques. Il a notamment mis en évidence un besoin massif d’amélioration du site parmi les réponses concernées, tout en enregistrant une forte satisfaction sur plusieurs composantes de l’événement. L’incitation par iPod Nano et le créneau de tirage sont connus ; leur effet ne l’est pas.
Le rapport n’a pas démontré un taux de réponse fondé sur un cadre d’invitation commun, un échantillon représentatif, une marge d’erreur, une opinion de tous les participants, une position des organisations membres, un jugement des opérateurs ou un verdict de l’Afrique. Le ratio 42/135 est exactement calculable, mais sa qualité est celle d’un ratio brut de comptes. Les 93 personnes hors du nombre des répondants forment une limite arithmétique, non un groupe dont les opinions pourraient être inventées.
Cette limite est productive. Elle permet de traiter le rapport comme ce qu’il peut être de mieux : un instrument borné de retour de service, utile pour détecter des problèmes, formuler des hypothèses et améliorer une prochaine rencontre. Elle protège également les répondants contre la récupération de leurs réponses à des fins qu’ils n’ont pas autorisées. Décrire leur expérience n’équivaut pas à leur attribuer un vote ; leur participation ne les transforme pas en représentants de personnes absentes.
La discipline tient en une phrase, appliquée comme une règle de contrôle : conserver le dénominateur, puis montrer séparément l’autorité. Les comptes, les pourcentages, les critiques et les suggestions appartiennent au dossier de preuve. Le pouvoir d’agir appartient à une chaîne juridique, contractuelle ou corporative distincte. Lorsque les deux sont confondus, le service devient prétexte au contrôle. Lorsqu’ils restent séparés, un sondage modeste peut être pleinement utile sans prétendre parler au nom d’un monde qu’il n’a jamais mesuré.
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