Résumé
- La coupure de 2024 s’est déroulée par étapes : données mobiles, accès fixe, retour partiel, puis nouvelle interruption mobile.
- La présentation de Sumon Ahmed Sabir cite les services d’argent mobile, les terminaux de paiement, le commerce en ligne, les compteurs prépayés d’électricité, de gaz et d’eau, ainsi que les cartes SIM prépayées.
- Des applications locales dépendaient de DNS, de code JavaScript, d’API et de composants cloud hébergés à l’étranger.
Dans les diapositives de Sumon Ahmed Sabir, la panne se mesure moins en routeurs qu’en gestes devenus impossibles : payer avec son téléphone, utiliser un terminal, acheter en ligne, recharger un compteur d’électricité, de gaz ou d’eau, faire fonctionner un service SIM prépayé. Le réseau s’est retiré de la vie quotidienne jusque dans les appareils qui ne ressemblent pas à des ordinateurs.
Pourquoi ces services ont-ils suivi la connexion dans sa chute ? Certaines applications locales fonctionnaient dans des clouds étrangers. D’autres chargeaient du JavaScript ou des API depuis l’extérieur. Les problèmes de DNS inversé ont aussi ralenti la communication par adresse IP. Une machine peut rester branchée au réseau national et ne jamais joindre son service : son nom se résout ailleurs, son script arrive d’ailleurs, son identité est vérifiée ailleurs.
Le schéma de Sabir est plus parlant qu’une carte où toutes les routes seraient simplement rouges. Les ISP locaux, l’interconnexion nationale et les utilisateurs restent reliés ; c’est le DNS qui ne répond plus. Les câbles locaux sont toujours là, mais les noms des services ne mènent plus nulle part. Le réseau n’a pas perdu toutes ses jambes ; il a perdu son annuaire.
La chronologie aide à comprendre l’ampleur de la coupure. Les données mobiles se sont arrêtées le 16 juillet 2024. Le 18 au soir, Internet a été totalement coupé. Le haut débit fixe a repris le 25 juillet pour les services d’urgence, notamment les banques et les hôpitaux. Le 28 juillet, l’accès fixe ordinaire est revenu, mais les réseaux sociaux et les messageries restaient bloqués. Le mobile a repris le 31 juillet, s’est arrêté de nouveau le 3 août, puis une coupure générale d’environ deux heures a eu lieu le 5 août.
Cette séquence figure dans la présentation donnée par Sabir à INNOG 9 pendant APNIC 62. Le titre de l’exposé traite de la résilience face à l’isolement par câble sous-marin ; le cas bangladais décrit des coupures graduelles des services fixes et mobiles. La présentation ne documente pas un câble sectionné. Pour le rétablissement, cette précision compte : une route internationale supplémentaire ne répare pas un résolveur inaccessible ni le script distant dont dépend une application locale.
Sabir propose de ramener dans le pays les dépendances qui peuvent y fonctionner. Les ISP doivent exploiter des résolveurs récursifs qu’ils contrôlent et entretenir une infrastructure DNS locale. Les services essentiels ont besoin d’une version allégée de leurs applications, sans scripts ni API distants, et de copies locales prêtes à servir. Une isolation prolongée exige aussi des copies locales des zones, la signature DNSSEC, des ancres de confiance locales et une source horaire fiable. Les services de réseau électrique, d’eau et les objets connectés doivent conserver un canal de communication distinct de l’Internet public.
Le billet d’APNIC ramène le débat à une question opérationnelle : que reste-t-il lorsqu’on perd la connexion internationale alors que le réseau domestique tient encore ? Au Bangladesh, l’annuaire local s’est dérobé sous les services les plus concrets. Le compteur avait une adresse ; l’application, elle, n’avait plus de chemin jusqu’à lui.
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