• La crise de gouvernance de l’AFRINIC – marquée par des élections annulées, des avoirs gelés et des abus de procédure – sape la confiance en Maurice en tant que juridiction neutre.

• La requête de mise en liquidation de Cloud Innovation et la disposition de l’ICANN à retirer sa reconnaissance à l’AFRINIC signalent une possible remise à zéro de l’infrastructure IP africaine – soulevant des questions de souveraineté, de continuité et de réputation.


Un registre en effondrement, pas en réparation

AFRINIC – le seul registre Internet régional d’Afrique – est depuis longtemps englué dans la crise. Les révélations d’une vente frauduleuse d’adresses IPv4, l’effondrement de son conseil d’administration en 2022 et la paralysie continue sous administration judiciaire témoignent d’une défaillance systémique de la gouvernance. La tentative d’élection du conseil de juin 2025 a été rapidement annulée en raison d’irrégularités dans les votes par procuration et d’une privation massive des droits, érodant toute confiance restante dans les processus de l’AFRINIC. La décision de l’administrateur de nommer un comité des candidatures de six membres – en dehors de la constitution de l’AFRINIC – ne fait qu’accroître les doutes sur la légitimité de tout effort de réinitialisation.

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Le projecteur constitutionnel sur Maurice

Cloud Innovation Ltd – l’organisation à l’origine de la requête en liquidation déposée le 9 juillet 2025 – a utilisé les tribunaux mauriciens pour geler les avoirs de l’AFRINIC et pousser à une liquidation judiciaire, malgré le rôle vital de l’AFRINIC dans l’attribution d’adresses IPv4 et IPv6 limitées aux utilisateurs africains. En réponse, le gouvernement mauricien a déclaré l’AFRINIC « entreprise déclarée » et a nommé un inspecteur en vertu de l’article 230 de la loi sur les sociétés, dans le but d’empêcher un effondrement immédiat – mais cette décision reste susceptible d’être contestée. Pour les investisseurs mondiaux qui considèrent Maurice comme un lieu d’implantation, le précédent d’acteurs corporatifs externes utilisant des mécanismes juridiques contre des institutions multipartites soulève de sérieuses inquiétudes quant à la constance de l’État de droit et à la neutralité juridictionnelle.

Le coup de force de l’ICANN – ou une supervision nécessaire ?

L’ICANN a publiquement signalé le dysfonctionnement de l’AFRINIC et a émis des directives imposées par le tribunal pour rétablir la transparence, informer les membres sur les enregistrements irréguliers (notamment la classification erronée de Cloud Innovation) et reconstituer les mécanismes électoraux. Elle a même menacé de procéder à un examen de conformité qui pourrait retirer à l’AFRINIC son statut de RIR africain. Certains estiment qu’il s’agit d’un effort neutre pour sauvegarder l’Internet mondial. D’autres l’interprètent comme une extension excessive – un organisme international affirmant son contrôle sur le destin numérique de l’Afrique, en contournant les normes multipartites et en sapant l’autonomie régionale.

Ce que les investisseurs devraient se demander – et surveiller

L’AFRINIC est-elle vraiment préservée pour servir l’Afrique, ou vidée de sa substance pour satisfaire des intérêts externes ? Les échecs répétés d’élections légitimes de l’AFRINIC, combinés à des manœuvres potentiellement ultra vires de l’administrateur judiciaire, suggèrent que l’organisation est structurellement irréparable dans le cadre actuel. Dans le même temps, l’incertitude entourant l’intervention de Maurice soulève des signaux d’alarme concernant le climat juridique, la confiance des investisseurs et l’image de l’île comme plaque tournante de l’arbitrage régional.

Les investisseurs mondiaux ne devraient pas considérer l’effondrement de l’AFRINIC comme une querelle interne obscure. C’est un signal d’alarme: lorsque des infrastructures numériques critiques peuvent être prises en otage devant les tribunaux, l’autonomie régionale est compromise et la neutralité de la juridiction d’accueil devient suspecte. Si le registre IP africain ne peut résister aux manœuvres juridiques, qu’est-ce que cela dit de la robustesse plus large des infrastructures numériques fondées sur des règles ?