Résumé
- Snowflake s’est engagé à dépenser au moins 6 Md$US d’infrastructure AWS sur cinq ans, jusqu’au 31 mars 2031. La moyenne arithmétique est de 1,2 Md$US par an, mais les minima annuels réels, non publiés, se situent entre 900 M$US et 1,25 Md$US.
- Le défaut sur un seuil annuel ou sur le total entraîne le paiement de l’écart. Ce paiement peut encore financer des services éligibles pendant le contrat : un retard d’usage n’est donc pas nécessairement une perte immédiate, mais il avance la sortie de trésorerie.
- L’avenant annule le solde restant de l’accord précédent sans en donner le montant. Le tableau de janvier, à 2,681885 Md$US, regroupait plusieurs fournisseurs et abonnements ; le soustraire de 6 Md$US ne mesure pas l’engagement additionnel.
- Au premier trimestre, l’infrastructure cloud représentait environ 73 % des 386,874 M$US de coût du produit, soit près de 282,4 M$US tous fournisseurs confondus. Cette échelle rend le contrat matériel, sans révéler l’utilisation propre à AWS.
Un minimum cumulé répond à une question simple : quelle somme Snowflake doit-elle consommer sur toute la durée ? Un minimum annuel en pose une autre : à quel rythme doit-elle la consommer ? L’avenant signé en avril 2026 combine les deux.
La première règle fixe 6 Md$US sur cinq ans. La seconde oblige chaque année contractuelle à atteindre un montant non détaillé, dans une fourchette de 900 M$US à 1,25 Md$US. Diviser le total par cinq donne 1,2 Md$US, mais ce chiffre n’est le seuil publié d’aucune année particulière.
Cette nuance transforme le suivi. Une montée en charge tardive peut suffire au total de 2031 tout en ratant le seuil de 2027. À l’inverse, une forte consommation initiale peut sécuriser les premières années, sans garantir que les services futurs garderont le même fournisseur, le même prix ou le même profil de marge.
Le paiement et l’usage peuvent tomber à des dates différentes
Snowflake doit payer la différence si elle manque un minimum annuel ou cumulé. Le texte ajoute qu’un tel paiement peut être appliqué à une dépense d’infrastructure qualifiante pendant la durée de l’avenant.
Le mécanisme protège une partie de la valeur économique : un montant payé faute d’usage immédiat peut devenir un solde utilisable plus tard. Il ne rend pas le retard gratuit. Le cash part plus tôt, tandis que la capacité économique dépend encore d’une charge de travail future, de son éligibilité et de son arrivée avant l’échéance.
Les conditions manquantes sont précisément celles qui déterminent la qualité du crédit. Le document ne détaille ni son ordre d’expiration, ni la liste des services, ni la portabilité régionale, ni les tarifs appliqués à la consommation différée. Dire que tout écart est perdu serait faux ; dire que tout reste intégralement équivalent à du cash le serait aussi.
L’instrument se distingue donc d’une réservation de capacité. Snowflake promet une dépense minimale. L’entreprise ne publie pas un volume physique réservé, une puissance GPU garantie, un nombre d’instances ou une priorité d’approvisionnement. Le contrôle économique porte sur les dollars éligibles, pas sur un stock identifié de serveurs.
L’ancien contrat ne fournit pas le point de départ
L’avenant libère Snowflake du reste de l’obligation non résiliable de l’accord précédent. Il ne chiffre pas ce reste.
Au 31 janvier 2026, le rapport annuel présentait 2,681885 Md$US de paiements minimaux futurs pour des engagements de plus d’un an. Cette colonne associait accords d’infrastructure cloud et abonnements d’entreprise. Elle appartenait à une date antérieure et à un périmètre plus large.
Deux accords y étaient décrits : 530,5 M$US restaient sur un minimum de 1 Md$US courant jusqu’en mai 2028 ; 518 M$US restaient sur un autre minimum de 530 M$US courant jusqu’en octobre 2030. Aucun fournisseur n’était nommé et aucun des deux n’imposait un seuil annuel.
Le communiqué de mai identifie bien AWS comme partenaire du nouvel engagement. Il ne rattache pas pour autant l’ancien solde à l’une des deux notes de janvier. Le calcul 6 moins 2,681885 égale arithmétiquement 3,318115 ; économiquement, il mêle un contrat unique après avenant à un total multi-contrats avant avenant.
Le prochain rapport annuel devra produire le vrai pont : solde d’ouverture de l’accord AWS, montant supprimé, nouveau minimum, consommation de la période et échéancier de clôture. En l’absence de ce tableau, l’ampleur du nouveau contrat est connue, son incrément net ne l’est pas.
La consommation du client n’obéit pas au calendrier du fournisseur
Snowflake reconnaît son revenu produit lorsque le client utilise calcul, stockage et transfert de données. Le revenu n’est pas simplement réparti sur la durée du contrat. Les clients peuvent dépasser leur capacité et, dans certaines conditions de renouvellement, reporter une partie non utilisée.
Au premier trimestre 2027, le revenu produit a atteint 1,334329 Md$US, en hausse de 33,9 %. Environ 97 % du revenu total provenait de clients existants sous contrats de capacité. Le taux de rétention nette atteignait 126 %.
Cette souplesse en aval rencontre désormais une discipline plus rigide en amont. Un client peut ralentir, accélérer ou placer une charge sur Azure ou Google Cloud ; le seuil AWS reste daté. Snowflake prend donc à sa charge le risque de prévoir non seulement la demande totale, mais la part qui sera éligible chez un fournisseur donné pendant chaque exercice.
Le risque peut être rémunéré. Une promesse de volume peut acheter des remises, de l’ingénierie commune, des migrations et une couverture régionale. Snowflake attribue d’ailleurs une partie du maintien de sa marge produit à de meilleures remises de volume.
Mais le communiqué commercial ajoute des chiffres qui ne doivent pas passer d’un registre à l’autre. Plus de 7 Md$US de ventes historiques via AWS Marketplace, dont plus de 2 Md$US en 2025, mesurent la distribution auprès des clients. Ce ne sont ni les coûts AWS de Snowflake, ni la consommation du minimum fournisseur.
Les coûts actuels donnent une règle, pas une preuve d’absorption
Le coût du revenu produit s’élevait à 386,874 M$US au premier trimestre. En appliquant la part approximative de 73 %, l’infrastructure cloud représente environ 282,4 M$US. Une annualisation mécanique aboutit à 1,130 Md$US.
La moyenne contractuelle de 1,2 Md$US lui est supérieure d’environ 6,2 %. Cette proximité ne signifie pas que Snowflake manque son seuil. L’estimation de coût couvre tous les clouds ; le minimum vise AWS. Le seuil exact de la première année est inconnu, et un trimestre multiplié par quatre n’est pas une prévision.
L’exercice 2026 donne une deuxième échelle. Le coût produit était de 1,260324 Md$US, dont environ 71 % d’infrastructure cloud, soit près de 894,8 M$US. La moyenne du nouvel accord est 34,1 % plus élevée. Là encore, elle compare un coût historique tous fournisseurs à un engagement prospectif chez AWS.
Le signal utile est la relation entre coût et valeur créée. Au premier trimestre, les dépenses cloud ont augmenté de 86 M$US, principalement avec la consommation des clients. La marge produit est restée à 71 % : les remises et le recul relatif de certains coûts ont compensé les produits encore sans échelle.
Cette stabilité contredit un scénario de pression immédiate. Elle ne garantit pas cinq années d’utilisation optimale.
Le RPO et la liquidité ne se compensent pas
Snowflake affichait 9,21 Md$US de RPO, soit 38 % de plus sur un an. Ce montant représente du revenu client contracté mais non encore reconnu. Il comprend du revenu différé et des montants non résiliables qui seront facturés plus tard.
Le RPO n’est ni du cash disponible, ni de la marge brute, ni une liste de charges AWS. Il ne peut pas être « opposé » aux 6 Md$US de dépense fournisseur. Un contrat client peut être consommé lentement, dans une autre région ou sur un autre cloud.
La liquidité de 4,4 Md$US ne prouve pas davantage une insuffisance. Le total de 6 Md$US est supérieur de 36,4 %, mais son échéance court sur cinq ans. Snowflake a généré 243,223 M$US de flux opérationnel au trimestre et 232,772 M$US de flux disponible non-GAAP.
Ces chiffres excluent l’alerte d’un paiement intégral immédiat. Ils n’annulent pas le coût d’opportunité : un écart payé trop tôt concurrence rachats d’actions, acquisitions, investissements produit et dépenses chez d’autres fournisseurs.
Le contrat sera créateur de valeur si les charges éligibles arrivent au bon endroit et au bon moment, si les remises protègent la marge et si les clients continuent de consommer. Il deviendra contraignant si l’usage se déplace tandis que les planchers restent fixes.
Sources
- Snowflake, Form 10-Q du T1 2027, déposé le 29 mai 2026.
- Snowflake, Form 10-K de l’exercice 2026, déposé le 20 mars 2026.
- Snowflake, résultats du T1 2027, 27 mai 2026.
- Snowflake, extension de la collaboration AWS et engagement de 6 Md$US, 27 mai 2026.
- Documentation Snowflake, rapprocher un relevé d’utilisation, consultée le 28 août 2026.
- Documentation Snowflake, vue
USAGE_IN_CURRENCY_DAILY, consultée le 28 août 2026. - AWS Architecture Blog, référentiel Well-Architected Snowflake-AWS, 10 juin 2026.
- Snowflake, extension du partenariat AWS en 2023, 1er mars 2023.
- Snowflake, Form 10-Q du T3 2026, déposé le 5 décembre 2025.
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