- Des années de corruption, de paralysie juridique et une élection truquée en 2025 ont laissé le registre en ruine, prêt à être exploité par l'agenda politique de Smart Africa.
- Des adhésions payantes aux dérogations des chefs d'État, cette initiative n'est pas une coordination: c'est une recette pour centraliser l'autorité et marginaliser les voix de la communauté.
Origines: un protocole d'accord qui a permis la prise de pouvoir
L'Architecture continentale de gouvernance de l'Internet en Afrique (CAIGA) n'est pas née d'un consensus communautaire; elle est issue d'un protocole d'accord douteux signé en 2024 entreSmart Africa– une coalition de 40 gouvernements africains – etICANN, le superviseur mondial de l'Internet. Signé en novembre 2024, ce pacte engageait l'ICANN à un « développement conjoint des capacités » et à des actions de sensibilisation, mais les critiques estiment qu'il s'agissait d'un cheval de Troie permettant à Smart Africa d'accélérer sa vision de la domination gouvernementale sur l'infrastructure Internet de l'Afrique. L'ICANN a salué cette étape comme une « avancée décisive » pour la participation africaine, mais deux années de travail conjoint à huis clos ont abouti à un cadre qui contourne entièrement les membres d'AFRINIC, permettant à des projets de statuts et de réformes élaborés de l'extérieur d'être imposés au registre. Ce n'est pas de la collaboration; c'est l'ICANN qui légitime discrètement un plan dirigé par les États qui ne serait jamais acceptable en Europe ou en Amérique du Nord.
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Pourquoi CAIGA: stabilisation ou abandon de souveraineté?
Smart Africa présente CAIGA comme un sauveur pour la « crise de gouvernance prolongée » d'AFRINIC – un enchevêtrement de litiges juridiques, d'élections contestées annulées pour fraude par procuration, et de mise sous séquestre qui a paralysé l'attribution d'adresses IP sur tout le continent. Ses promoteurs affirment qu'elle préserve la « souveraineté numérique » en permettant aux États africains de « parler d'une seule voix » au niveau mondial. Mais c'est une rhétorique trompeuse.
En réalité, CAIGA exploite les défaillances d'AFRINIC pour asseoir un contrôle politique, avec des mécanismes permettant aux chefs d'État d'approuver des réformes si les votes de la communauté stagnent – neutralisant ainsi les processus ascendants. Les forums de haut niveau de Smart Africa, comme le sommet de Conakry en 2025, ont déjà transmis des projets de statuts directement au conseil d'administration d'AFRINIC, marginalisant les membres qui sont les propriétaires légaux du registre en vertu de la loi mauricienne.
Ce n'est pas de la stabilisation; c'est une érosion calculée de l'autonomie, transformant la gouvernance technique en un ballon politique.
Comment ça marche: la machine à contournement
Le plan de CAIGA est insidieux: un conseil continental composé de représentants des États, un secrétariat permanent sous la coupe de Smart Africa, et des adhésions payantes qui remplacent une participation ouverte par un accès élitiste. Si le processus de développement des politiques d'AFRINIC échoue – comme cela s'est produit pendant la crise – une validation politique entre en jeu, prenant le pas sur la ratification par la communauté.
Alice Munyua, experte en gouvernance de l'Internet, dénonce cette superposition « d'une autorité gouvernementale au-dessus du conseil d'administration élu d'AFRINIC », se demandant pourquoi l'ICANN financerait un tel modèle. Milton Mueller fait écho à l'alarme: CAIGA ne résoudra pas les lacunes politiques; il garantira « cinq années supplémentaires de paralysie » sous l'ingérence des États. Le financement de 40 000 $ et les ateliers de l'ICANN? Une feuille de vigne pour sa complicité dans ce coup d'État discret.
La complicité de l'ICANN: de facilitateur à complice
L'ICANN proteste de son innocence, affirmant que son rôle dans le protocole d'accord se limite à la « formation et à l'inclusion » sans altérer l'indépendance des RIR. Pourtant, ses empreintes sont partout: sessions de co-rédaction, soutien financier et silence sur les violations par CAIGA du principe ICP-2. Ce double standard – soutenir les dérogations étatiques en Afrique tout en prêchant la pureté multipartite ailleurs – expose l'outrepassement de l'ICANN, sapant les tribunaux et la confiance de la communauté dans une tentative de remodeler les normes mondiales à sa guise.
Le bilan: dissolution plutôt que domination
CAIGA est né de réels échecs, mais l'ingérence de Smart Africa et de l'ICANN risque de remplacer la pourriture institutionnelle par une capture pure et simple. La transparence? Inexistante. Les garde-fous? Ridicules. Alors que Cloud Innovation demande la dissolution d'AFRINIC et la création d'un nouveau RIR, l'appel à une véritable réinitialisation se fait plus fort. L'Afrique mérite la souveraineté, pas l'assujettissement – avant que ce plan ne verrouille un avenir numérique fragmenté et étouffé par l'État.

