Résumé

  • OVHcloud a consacré 238,5 millions d’euros aux investissements hors acquisitions au premier semestre 2026, soit 42,9 % d’un chiffre d’affaires de 555,3 millions.
  • Le groupe précise qu’environ 11 % ont été avancés volontairement depuis le second semestre ; rapporté au chiffre d’affaires semestriel, l’ordre de grandeur atteint 61 millions d’euros, sans constituer pour autant un montant publié par l’entreprise.
  • Une enveloppe distincte d’environ 50 millions d’euros de mémoires et de disques est réservée à l’exercice 2027 et exclue de l’objectif de capex ajusté de 33 à 35 %.
  • Les composants et travaux en cours ont augmenté de 75,4 millions d’euros en valeur nette, tandis que l’amortissement lié aux serveurs déjà mis en service progressait : la dépense, la capacité disponible et la vente relèvent de trois moments différents.

Avant le serveur, il y a l’achat

Un fournisseur de cloud ne transforme pas un paiement en puissance informatique d’un simple mouvement comptable. Il faut obtenir les composants, assembler les machines, équiper les salles, raccorder le réseau, tester l’ensemble puis mettre le serveur en service. Ce n’est qu’ensuite qu’un produit peut être proposé, consommé et facturé. La trésorerie enregistre le premier geste ; l’amortissement signale une partie du passage en production ; le chiffre d’affaires attend encore le client.

Cette chaîne permet de lire autrement le premier semestre 2026 d’OVHcloud. Le chiffre d’affaires atteint 555,3 millions d’euros, en hausse organique de 5,5 %. Les investissements hors acquisitions s’élèvent à 238,5 millions, contre 193 millions un an auparavant. Leur poids passe de 36,0 % à 42,9 % des ventes. Le rapprochement immédiat entre une croissance de 5,5 % et un ratio de 42,9 % donne l’impression d’une course entre dépenses et demande.

Le rapprochement n’est pas faux, mais il rassemble des périodes différentes. OVHcloud explique avoir avancé des achats de matériel afin de sécuriser ses approvisionnements et d’atténuer l’inflation exceptionnelle des mémoires et des disques. Le premier semestre porte donc une charge de trésorerie destinée, au moins en partie, à la production d’un autre semestre. Prendre le ratio pour une mesure instantanée de capacité installée revient à sauter plusieurs étapes industrielles.

Deux catégories, puis un déplacement dans le temps

Le groupe distingue les investissements récurrents des investissements de croissance. Les premiers remplacent les serveurs qui ne produisent plus le même revenu parce qu’ils sont déclassés, retirés ou reconditionnés, avec l’infrastructure et le réseau associés. Les seconds couvrent les dépenses supplémentaires nécessaires à l’expansion.

Au premier semestre, les investissements récurrents représentent 72 millions d’euros, soit 13,0 % des ventes. Les investissements de croissance atteignent 166 millions, soit 29,9 %. OVHcloud indique qu’environ 11 % ont été avancés volontairement pour le second semestre 2026. Appliquer ces 11 % aux 555,3 millions d’euros de chiffre d’affaires donne quelque 61 millions. Ce calcul est un repère éditorial, non une ventilation certifiée : l’entreprise ne publie pas un tableau retirant précisément 61 millions des décaissements semestriels.

La prudence sur le chiffre ne retire rien au mécanisme. Une part importante du pic de 42,9 % correspond au choix de la date d’achat. Si le ratio recule au second semestre, cela pourra refléter le contrecoup de l’anticipation plutôt qu’un arrêt brutal de l’expansion. Symétriquement, le ratio élevé du premier semestre ne prouve pas que l’ensemble du matériel produisait déjà un service commercialisable.

Une seconde anticipation va plus loin. OVHcloud veut constituer environ 50 millions d’euros de stocks de mémoires et de disques destinés exclusivement à l’exercice 2027. Le groupe juge ces composants peu exposés à l’obsolescence, souhaite figer leur prix et sécuriser leur disponibilité. Un financement exceptionnel dédié doit couvrir l’opération. Cette enveloppe reste en dehors de l’objectif de capex ajusté de 33 à 35 % du chiffre d’affaires. Elle n’en demeure pas moins un engagement économique pris aujourd’hui pour une production future.

Ce que montre l’antichambre du bilan

Le bilan donne un aperçu du trajet inachevé. La valeur comptable nette des composants et travaux en cours est passée de 167,4 millions d’euros au 31 août 2025 à 242,8 millions au 28 février 2026. La hausse atteint 75,4 millions. Elle ne peut pas être assimilée ligne pour ligne aux achats avancés du second semestre : le poste regroupe plusieurs catégories et plusieurs mouvements. Elle montre néanmoins qu’une masse plus importante de valeur restait en attente entre l’acquisition et l’actif pleinement mis en service.

Dans le même temps, des machines ont franchi cette frontière. La dépréciation et l’amortissement des immobilisations corporelles se sont établis à 131,4 millions d’euros, contre 120,1 millions un an plus tôt. OVHcloud attribue principalement cette évolution à l’augmentation du volume de serveurs mis en service. Avec les incorporels et les droits d’utilisation, la charge totale d’amortissement, de dépréciation et de perte de valeur atteint 185,6 millions.

Les deux phénomènes ne s’annulent pas. Un opérateur peut mettre davantage de serveurs en production tout en accumulant encore plus de composants pour la vague suivante. Le bon indicateur n’est donc pas le niveau isolé du capex, mais la vitesse de circulation entre quatre états : argent décaissé, travaux en cours, serveur mis en service, capacité effectivement rémunérée.

La demande ne règle pas la même horloge

Au troisième trimestre, OVHcloud a enregistré 289,6 millions d’euros de chiffre d’affaires, en croissance organique de 6,9 %. Le Public Cloud a produit 65,6 millions, en hausse organique de 20,2 %. Le groupe a confirmé ses objectifs annuels : croissance organique de 5 à 7 %, marge d’EBITDA ajusté supérieure à celle de 2025, capex ajusté de 33 à 35 % hors stock 2027, et flux de trésorerie disponible après dette positif.

L’accélération commerciale, surtout dans le Public Cloud, est réelle. Elle ne constitue pas une mesure d’utilisation des composants achetés au premier semestre. Les documents publiés ne fournissent aucune passerelle entre un euro de matériel, un serveur mis en service, une unité de capacité vendable et un euro de revenu. Faire correspondre ces grandeurs parce qu’elles figurent dans la même communication créerait une précision que l’entreprise ne donne pas.

L’intégration verticale renforce cette nécessité. OVHcloud conçoit et assemble ses serveurs, exploite ses centres de données et maîtrise son réseau. Cette organisation lui permet de décider plus directement quand acheter et produire. Elle superpose aussi, dans le même budget d’investissement, l’approvisionnement, l’assemblage, les équipements techniques et les infrastructures. Le ratio capex/chiffre d’affaires réduit toute cette chaîne à un pourcentage unique.

L’économie réalisée n’est pas encore le rendement obtenu

OVHcloud estime avoir économisé environ 10 millions d’euros en sécurisant plus tôt l’essentiel de ses besoins, malgré l’inflation des composants. Le groupe a dégagé 32,3 millions d’euros de flux de trésorerie disponible avant dette au premier semestre. Sa dette nette hors obligations locatives atteignait 1,125 milliard d’euros fin février, contre 1,103 milliard fin août.

Acheter en avance peut donc être rationnel : l’écart de prix évité et la disponibilité protégée ont une valeur. Mais la protection intervient avant l’usage. Elle exige du financement, immobilise des ressources et laisse subsister le risque d’un retard dans l’assemblage, le déploiement ou la vente. Une économie sur le coût unitaire peut cohabiter avec un rendement du capital plus lent.

Les résultats annuels, annoncés pour le 20 octobre 2026, permettront de vérifier si le premier semestre n’était qu’une bosse de calendrier. D’ici là, la conclusion la plus solide n’est ni celle d’une surcapacité certaine ni celle d’un succès déjà acquis. OVHcloud a souscrit une assurance industrielle contre la hausse des prix et le manque de pièces ; l’entreprise doit encore convertir cette assurance en serveurs puis en revenus.

Sources