Résumé

  • Selon l’agenda de LACNIC 46, une étude menée en 2025 par LACNIC et MARYVA dans 18 pays ou territoires montrera que le blocage réactif en ligne est devenu la tendance régionale dominante.
  • La page ne renvoie ni au rapport ni à une liste de cas et ne précise pas le dénominateur ou le code qui sépare l’actif du réactif. Une matrice versionnée rendrait le résultat contrôlable sans publier les cibles sensibles.

Une tendance régionale peut être parfaitement exacte et pourtant impossible à reproduire. Il suffit que le lecteur ignore si chaque pays compte une fois, si chaque décision compte une fois ou si un ordre visant mille adresses pèse mille fois plus qu’un autre. Le choix du dénominateur ne vient pas après le résultat : il le fabrique.

La question se pose à partir d’une annonce précise. L’item 9213 de LACNIC 46 programme, le 21 octobre 2026 de 15 h 15 à 16 h, une séance intitulée « Site Blocking in Latin America and the Caribbean », avec César Díaz et Silvana Rivero. Le résumé anglais indique qu’en 2025 LACNIC et MARYVA ont étudié les tendances de blocage de ressources Internet dans 18 pays ou territoires. L’exposé doit montrer un changement : le blocage réactif serait désormais prédominant, alors qu’une logique active avait été observée auparavant.

Les mesures viseraient couramment des sites, des URL, des adresses IP ou des plateformes après une activité ou un événement déterminé.

À ce stade, il s’agit d’un résultat annoncé, non d’un dossier public. La fiche gelée de l’agenda ne contient aucun lien vers un rapport ou une présentation. Elle ne nomme pas les 18 juridictions, ne définit pas « réactif », ne borne pas la période d’observation à l’intérieur de 2025 et ne donne ni sources, ni effectifs, ni incertitudes, ni règle de correction. Cette lacune appartient à la page publique actuelle. Elle ne permet pas d’affirmer que les chercheurs sont dépourvus de méthode, encore moins de juger par avance l’exposé d’octobre.

Un adjectif qui exige une chronologie

Le caractère réactif n’est pas inscrit dans une adresse IP. Il se déduit d’une chaîne : un fait déclencheur, une décision, une consigne, puis une mise en œuvre. Pour classer une affaire, il faut donc connaître au minimum la date du déclencheur, l’autorité qui a transformé ce fait en mesure, la date d’effet, l’échéance et la façon de traiter les cas mêlant surveillance permanente et réponse ponctuelle.

La distinction entre décideur et exécutant est tout aussi nécessaire. Un juge, une administration, un ayant droit, une plateforme et un fournisseur d’accès peuvent se succéder sans partager le même rôle. Attribuer la politique au réseau chargé de l’appliquer déplace la responsabilité institutionnelle.

Puis viennent les unités. Dix-huit juridictions peuvent abriter dix-huit régimes, mais aussi des centaines d’ordonnances et des milliers d’identifiants. Une seule décision peut énumérer plusieurs domaines, URL et adresses IP. Une même cible peut être exécutée par de nombreux réseaux, avec des dates et des résultats différents. Le poids régional change selon que l’on compte les territoires, les affaires, les identifiants ou les exécutants.

Il n’existe pas un dénominateur universel. Une enquête sur la diffusion des régimes comptera légitimement les juridictions ; une enquête sur le comportement des autorités comptera plutôt les décisions. La discipline indispensable consiste à associer chaque conclusion à son unité. Sans cela, « dominant » reste un jugement sans bulletin de vote.

Les précédents régionaux résistent aux cases simples

Les publications antérieures de LACNIC donnent déjà la mesure du problème. Son compte rendu d’un débat de LACNIC 44, en octobre 2025, rapporte qu’un représentant d’un fournisseur brésilien reçoit plusieurs décisions judiciaires visant des IP, des domaines ou des URL. Le même texte décrit en Uruguay trois régimes de blocage issus d’origines et de procédures différentes. Les intervenants divergeaient sur l’efficacité et la proportionnalité, tout en insistant sur le contrôle judiciaire, les limites dans le temps et la transparence.

Ce seul tableau distingue régime, ordre, cible et exécution. Réduire le pays à une ligne efface ses différences internes ; donner une ligne à chaque identifiant peut, au contraire, permettre à une mesure très large d’écraser toutes les autres.

Le choix technique produit aussi son propre risque. Un domaine peut englober toutes ses routes. Une adresse IP peut héberger des services étrangers au litige. Une URL paraît plus fine, mais un article de LACNIC publié en juillet 2024 explique que ce niveau peut obliger les fournisseurs à examiner le contenu des paquets, avec des conséquences pour la vie privée et le chiffrement de bout en bout. Il faut conserver l’attribution : c’est l’analyse de cet article, non une description certaine de chaque dispositif existant.

Une publication de LACNIC de mars 2023 recommandait de ne pas faire du blocage le premier recours et, s’il devenait inévitable, de le limiter temporairement à un domaine ou une IP avec l’appui d’experts techniques et des opérateurs concernés. En 2025, l’Internet Society a également recommandé l’examen préalable d’alternatives, une portée étroite, la transparence, la participation, une procédure régulière et une durée limitée.

Le RFC 7754 permet de ne pas confondre ces plans. Il décrit un système par quatre attributs : l’auteur de la politique, son objectif, la cible prévue et le composant d’Internet utilisé. Il propose ensuite d’en examiner la portée, la granularité, l’efficacité et la sécurité. « Réactif » ne renseigne qu’une relation temporelle. Le mot ne dit ni qui décide, ni ce qui est atteint, ni la technique employée, ni les effets hors cible.

Rendre public le passage des cas au total

La pièce utile serait une matrice de codage des affaires, compacte et versionnée. Sans dévoiler de contenu illicite, d’identifiants encore sensibles ou de pièces confidentielles, chaque ligne pourrait mentionner :

  • une clé stable, la juridiction et la source juridique ou administrative publique ;
  • l’autorité de décision et la catégorie d’exécutant ;
  • le déclencheur et les dates de décision, d’effet, de contrôle et d’expiration ;
  • la nature et le nombre de cibles, séparés entre domaine, URL, IP et plateforme ;
  • la classe active, réactive, mixte ou inconnue ;
  • la version de la méthode et la fenêtre d’observation ;
  • l’état de la source, de l’exécution et d’éventuels effets collatéraux ; et
  • les désaccords de codage, corrections et révisions.

Des identifiants d’affaire pseudonymes suffisent pour relier une ligne à ses versions. Les agrégats devraient maintenir quatre dénominateurs distincts — juridictions, cas, cibles, réseaux — au lieu de les réduire à un taux unique.

Une rectification doit s’ajouter à l’historique. Les ordres expirent, les domaines déménagent, les opérateurs n’exécutent pas tous au même moment et une source tardive peut changer le classement. Écraser l’ancien état empêcherait de reproduire le résultat tel qu’il existait le jour de sa publication.

Limite des preuves

Les sources établissent la tenue future de la séance, les termes de son résumé et l’absence actuelle de méthode ou de données reliées à la fiche. Les textes antérieurs de LACNIC établissent une diversité d’autorités, de procédures et de cibles. Le RFC 7754 et l’Internet Society offrent des critères d’évaluation.

Ils n’établissent ni l’erreur du classement, ni l’absence d’un codebook interne, ni l’illégalité d’un acteur, ni le caractère réactif de tout blocage régional. Étudier le phénomène ne signifie pas que LACNIC l’ordonne, l’exécute ou l’approuve. L’exposé annoncé reste à venir.

Sources