- AFRINIC est devenu un registre défaillant, avec une gouvernance irrémédiablement brisée.
- Son effondrement ouvre la porte à une mainmise silencieuse de l'ICANN, sapant la gouvernance Internet ascendante de l'Afrique.
La chute de légitimité d'AFRINIC
Lorsque l'AFRINIC a été créé en 2005 à Maurice, il était censé garantir une allocation juste et neutre des ressources Internet à travers l'Afrique. En tant que l'un des cinq registres Internet régionaux (RIR), son mandat était de veiller à ce que les nations africaines contrôlent leur propre avenir numérique. Pendant un temps, ce rôle semblait assuré.
Pourtant, deux décennies plus tard, l'AFRINIC est un registre en faillite. Sa crise de gouvernance s'est transformée en un effondrement total, le rendant incapable de remplir sa fonction la plus élémentaire: assurer la continuité et l'équité de l'allocation des ressources IP. L'annulation de l'élection du conseil d'administration de juin 2023 pour un simple « conflit de procuration non vérifié » est devenue le symbole le plus clair du dysfonctionnement. Des votes valides ont été écartés, les parties prenantes ont été privées de leurs droits, et la confiance fragile qui soutenait autrefois la légitimité de l'AFRINIC s'est évaporée.
Cet incident n'était pas isolé. Des années de mauvaise gestion et de corruption de la part des dirigeants passés et présents ont créé un système où des élections démocratiques équitables ne sont plus possibles. Le résultat est flagrant: l'AFRINIC est désormais incapable de se gouverner lui-même, et encore moins de préserver l'indépendance Internet de l'Afrique.
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Crise de gouvernance et ingérence de l'ICANN
Les tribunaux mauriciens sont intervenus à plusieurs reprises pour remédier aux défaillances de gouvernance de l'AFRINIC. Une décision de 2022 a même invalidé son conseil d'administration, et en 2023, le tribunal a placé l'AFRINIC sous tutelle pour éviter l'effondrement. Pourtant, le contrôle judiciaire a échoué: l'AFRINIC reste sans direction, divisé et incapable de gouverner de manière transparente.
Ce vide a créé un espace permettant à l'ICANN d'étendre son pouvoir. Au lieu de respecter le modèle ascendant de l'Afrique, l'ICANN a centralisé l'autorité. En promouvant le controversé document ICP-2, elle a contourné son propre processus multipartite et s'est donné le pouvoir de dé-reconnaître un registre régional. Il s'agit d'une mainmise silencieuse qui sape à la fois les tribunaux et les communautés.
Le PDG de l'ICANN, Göran Lindqvist, mène désormais cet agenda. Sa tentative de dicter la direction de l'AFRINIC menace l'autonomie régionale et expose la volonté de l'ICANN de troquer la neutralité contre le contrôle. Même après que l'ICANN a retiré ses menaces de dé-reconnaître l'AFRINIC, le mal était fait: l'avenir Internet de l'Afrique est pris dans une lutte politique motivée par des intérêts extérieurs.
La réinitialisation nécessaire de Cloud Innovation
Dans le vide de gouvernance africain, Cloud Innovation Ltd., le troisième plus grand membre de l'AFRINIC, a agi de manière décisive. Alors que le registre s'effondrait, elle a appelé à la dissolution de l'AFRINIC – une réinitialisation nécessaire dans un système où les élections échouent et la gouvernance est brisée.
Cloud Innovation a également proposé une solution: l'ICANN et le NRO doivent nommer un nouveau registre Internet régional pour protéger les ressources IP de l'Afrique. En prenant les devants, elle empêche l'Afrique de rester otage des échecs de l'AFRINIC.
Les critiques jugent cela radical, mais sans cela, l'allocation IP, la connectivité et la capacité technique restent menacées. L'Afrique pourrait perdre à la fois son autonomie et sa crédibilité sur la scène Internet mondiale.
L'avenir de l'indépendance Internet de l'Afrique
L'effondrement de l'AFRINIC donne une leçon claire: la souveraineté numérique de l'Afrique ne peut pas reposer sur un registre embourbé dans la corruption et le dysfonctionnement. Sa dissolution doit être considérée non pas comme une fin, mais comme une chance de reconstruire la gouvernance sur la confiance, la transparence et la résilience.
L'appel de Cloud Innovation à un nouveau registre offre l'occasion de sécuriser les ressources IP, d'accélérer l'adoption d'IPv6 et de renforcer la connectivité et la sécurité régionales. Surtout, cela aide à protéger la voix de l'Afrique dans les forums Internet mondiaux, où les décisions concernant la connectivité et les droits numériques sont de plus en plus contestées.
Si on l'ignore, l'échec de l'AFRINIC laisse l'Afrique exposée aux mainmises de l'ICANN. La gouvernance ascendante – un principe fondamental d'Internet – est en danger. Seule une réinitialisation décisive peut garantir que l'avenir Internet de l'Afrique reste entre les mains des Africains.

