Résumé

  • La RPO de Domo atteignait 410,8 M$ au 31 juillet 2026, dont 231,5 M$ attendus en chiffre d’affaires sur douze mois. Elle suppose encore la fourniture du logiciel et des services prévus aux contrats.
  • La société restait en défaut sur le seuil d’ARR défini par son contrat de crédit. Ses 25,1 M$ de liquidités ne permettraient pas de rembourser 138,3 M$ de principal et les frais associés en cas d’accélération.
  • L’accord d’abstention ne supprime pas le défaut : il tient notamment au maintien de 10 M$ de trésorerie gagée aux États-Unis et à la clôture de la cession avant le 30 novembre.
  • Les contrats clients et la plateforme partiront chez Progress si l’opération de 400 M$ se réalise. L’estimation de 246 M$ de trésorerie résiduelle concerne alors une société cotée privée de son activité historique.

Trois chiffres, trois droits différents

La RPO répond à une question comptable : quel montant de chiffre d’affaires Domo prévoit-il encore de constater au titre de contrats non résiliables, facturés ou non ? La réponse du 31 juillet se décompose en 387,6 M$ pour les abonnements et 23,2 M$ pour les prestations professionnelles et autres. Sur les douze mois suivants, la direction attendait respectivement 214,4 M$ et 17,0 M$.

Ce total n’est ni un compte bancaire, ni une créance immédiatement exigible, ni une marge. Le client doit recevoir un accès continu à la plateforme ; Domo doit maintenir l’infrastructure et exécuter les prestations. Entre la signature et le cash libre se trouvent l’usage, les coûts d’hébergement et de support, la facturation, l’encaissement et parfois plusieurs périodes comptables.

La tendance interdit d’en faire un remède automatique. La RPO totale était de 430,9 M$ un an plus tôt, et sa tranche à douze mois de 236,4 M$. Au dernier trimestre, le chiffre d’affaires d’abonnement a reculé de 72,7 à 70,4 M$. Domo explique ce mouvement par une diminution nette de 8,3 M$ provenant des clients existants, seulement compensée en partie par 5,9 M$ de nouveaux clients. Le nombre total de clients a lui aussi baissé.

Le portefeuille reste substantiel : plus de 2 300 clients, 44 % du chiffre d’affaires apporté par les grandes entreprises, 77 % des clients sous contrats pluriannuels en pondération monétaire. Mais « substantiel » ne veut pas dire « liquide », et « pluriannuel » ne veut pas dire « renouvelé au prochain terme ».

Le test des prêteurs ne porte pas le nom de RPO

Le crédit utilise sa propre définition de l’ARR annualisé. Il part de quatre fois le chiffre d’affaires du trimestre précédent, retranche certains contrats dont le non-renouvellement a été annoncé et tient compte des remises et des augmentations de contrat. Domo n’a pas atteint le minimum requis au 30 avril, puis de nouveau au 31 juillet. En revanche, il respectait encore le covenant d’EBITDA consolidé sur douze mois.

Cette granularité compte. Le défaut ne prouve pas que le revenu récurrent a disparu : 91 % de l’ARR utilisait désormais un modèle à la consommation. Mais ce pourcentage, la RPO et le calcul bancaire ne partagent pas la même base. Aucun ne peut être substitué à l’autre simplement parce que tous parlent de contrats récurrents.

Après l’échec du test, le principal de 138,3 M$ et 8,6 M$ de frais PIK pouvaient devenir exigibles. La valeur comptable de la dette courante, après déduction des coûts d’émission non amortis, était de 137,2 M$. Domo ne disposait que de 25,1 M$ de trésorerie, contre 43,0 M$ fin janvier, et reconnaît ne pas pouvoir couvrir l’accélération. C’est la raison de son doute substantiel sur la continuité d’exploitation.

Une abstention payée et bornée

Les prêteurs ont accepté le 12 juin de ne pas exercer certains recours pendant une période limitée. Ils n’ont ni renoncé au défaut, ni allégé le principal, ni modifié le taux déclaré. Domo a versé près de 5,9 M$ en numéraire à l’entrée en vigueur, dont 5,8 M$ directement qualifiés de frais d’abstention au bénéfice des prêteurs.

Le temps obtenu est assorti d’un itinéraire. Il fallait signer une transaction qualifiante avant le 31 juillet, conserver au moins 10 M$ de cash non grevé dans des comptes américains gagés, puis réaliser la vente au plus tard le 30 novembre. D’autres cas de défaut peuvent interrompre cette protection avant terme. Le produit net de la vente doit solder le prêt.

Le coût financier continue en parallèle. Au 31 juillet, environ 6,6 % d’intérêt se payait en cash et 5 % supplémentaires s’ajoutaient au principal. Les frais PIK de second amendement portaient un taux de 9,5 %. Le 30 novembre est donc à la fois une date juridique et un rythme d’accumulation.

La vente emporte l’activité qui porte les obligations

Domo a franchi la première borne le 22 juillet : Progress Software s’est engagé à acheter la quasi-totalité des actifs d’exploitation et des salariés pour environ 400 M$ en espèces. Le prix reste ajustable, notamment si la trésorerie disponible à la clôture est inférieure à 25 M$ ou si certaines dettes restent attachées aux actifs acquis. Progress prévoit de financer l’achat par sa trésorerie et sa ligne renouvelable ; l’accord n’a pas de condition de financement, mais conserve des conditions réglementaires et usuelles.

Le périmètre révèle la mécanique. Progress doit recevoir la plateforme, les contrats clients, la propriété intellectuelle, les relations fournisseurs, les filiales étrangères et les autres actifs de l’activité, tout en reprenant certaines obligations. Les contrats qui nourrissent la RPO suivent donc l’organisation chargée de les exécuter. Ils ne restent pas dans la société résiduelle sous forme de coupon liquide.

Domo a estimé qu’après clôture et remboursement du crédit, environ 246 M$ de trésorerie nette, soit 4,84 dollars par action, demeureraient dans la société cotée. Ce chiffre est une estimation conditionnelle, pas une distribution acquise. L’entité résiduelle doit changer de nom et de symbole boursier, conserver plus de 900 M$ de déficits fiscaux reportables et rechercher une opération permettant éventuellement de les valoriser, ou étudier un retour de capital.

Les pertes fiscales reportables ne valent pas leur montant facial en cash. Leur utilisation suppose des bénéfices, une structure compatible et l’absence d’un changement de propriété qui en limiterait l’usage. La vente ne transforme donc pas deux fois la même activité : une première fois en 400 M$ de prix brut, puis encore en 900 M$ de valeur fiscale.

Des actionnaires détenant environ 75,7 % des droits de vote ont déjà approuvé l’opération par consentement écrit. Aucun autre vote n’est nécessaire. Cette certitude de gouvernance ne remplace ni l’autorisation réglementaire, ni la clôture, ni le calcul final du prix.

La continuité se mesure chez le futur opérateur

Jusqu’à la clôture, Domo et Progress restent deux sociétés séparées et Domo doit continuer à servir ses clients. Ensuite, la promesse opérationnelle doit passer chez Progress : disponibilité, support, gouvernance des données, facturation et feuille de route. La société cotée restante n’aura plus la même fonction.

Pour un client, l’indicateur décisif n’est donc pas la persistance du ticker, mais la qualité du transfert. Une obligation comptable peut subsister tout en perdant sa valeur commerciale si le support ralentit, si une migration casse un flux de données ou si un renouvellement devient conflictuel. Inversement, une intégration bien conduite peut rendre le contrat plus robuste sans modifier immédiatement la RPO publiée.

Sources et limites de preuve

Le Form 10-Q fonde les chiffres d’exploitation, de dette et d’abstention. Les documents de juillet et l’information statement préliminaire décrivent la transaction. Aucun ne prouve aujourd’hui sa clôture, le cash net final, un retour de capital ou des renouvellements inchangés.