Résumé

  • Le Data Act européen doit supprimer, à compter du 12 janvier 2027, les frais facturés par le fournisseur pour exécuter un changement de prestataire, dont les frais de sortie de données concernés. Il ne rend pas pour autant la migration automatique ni gratuite pour le client.
  • Le coût réel d’une sortie tient dans six registres distincts : extraction, remplacement des services managés, répétition, coexistence, bascule et fermeture.
  • La documentation publique de Scaleway sépare elle-même récupération des données, identités, restauration des workloads et suppression. Une sortie n’est donc achevée que lorsque le service de destination fonctionne et que les preuves permettent de détruire l’ancien en toute connaissance de cause.

La scène est banale. La direction financière voit une ligne rassurante : sortie de données, 0 €. À côté, l’équipe d’exploitation doit encore restaurer une base, reconstruire les droits, renouveler les certificats, modifier les chemins réseau, reconnecter les alertes et préparer une suppression irréversible. Les deux tableaux peuvent être exacts. Un seul mesure le prix du départ.

Le sujet prend une portée particulière en Europe. Le Data Act s’applique depuis septembre 2025. Son chapitre consacré aux services de traitement de données cherche à lever les obstacles commerciaux, contractuels, techniques et organisationnels au changement de fournisseur. À partir du 12 janvier 2027, le fournisseur source ne pourra plus imposer de frais pour l’exécution du changement, y compris les frais de sortie de données visés par le texte. La période transitoire autorise encore des frais réduits, dans les limites prévues par le règlement.

Le raccourci consisterait à transformer cette échéance en promesse de migration gratuite. Or le texte distingue clairement la facture du fournisseur et le travail du client.

Il impose, pour l’infrastructure, des mesures raisonnables afin de faciliter une équivalence fonctionnelle entre services d’un même type. Pour d’autres services, il met l’accent sur des interfaces ouvertes et un export dans un format couramment utilisé et lisible par machine. Cette distinction indique déjà qu’un fichier exporté et un résultat opérationnel comparable ne sont pas la même chose.

La ligne disparaît, pas le chantier

Scaleway défend depuis plusieurs années un discours anti-verrouillage. En 2022, l’entreprise associait les frais d’egress aux coûts de changement et présentait le multicloud comme un facteur de réversibilité et d’ouverture. Cette position éclaire sa stratégie ; elle ne prouve ni qu’un workload donné se déplace sans adaptation, ni que tous ses produits appliquent le même tarif. Les grilles Scaleway restent propres à chaque service. Il serait donc inexact d’affirmer que toute sortie de données est aujourd’hui gratuite.

La documentation opérationnelle est plus instructive que le slogan. Dans son modèle de responsabilité du stockage, Scaleway attribue au client la planification de la réversibilité, la récupération de l’ensemble des données, l’achèvement de ces opérations avant la suppression des buckets, volumes ou snapshots, puis la confirmation de la suppression. Scaleway indique de son côté maintenir le service jusqu’à la date de résiliation et pouvoir fournir, sur demande, un certificat de suppression. Il s’agit bien d’une séquence : récupérer, vérifier, supprimer, conserver une preuve.

Les autres briques racontent la même histoire. Une clé API Scaleway est rattachée à une seule Organisation et hérite des droits de son porteur, utilisateur ou application IAM. Un export PostgreSQL peut transporter les données logiques ; il ne recrée pas les principaux, les politiques et les secrets de la cible. Pour Kubernetes, la responsabilité du client couvre notamment la reprise du workload, les clés, les certificats et la politique de sauvegarde. Enfin, la fermeture du compte supprime définitivement les ressources et sauvegardes de l’Organisation.

Ces éléments ne constituent pas une critique particulière de Scaleway. Ils rendent visible la structure normale d’une sortie cloud. Cette structure comporte six registres.

Extraire. Il faut recenser objets, volumes, dumps, images, schémas, métadonnées, journaux et traces d’audit. Le bon reçu n’est pas « copie terminée », mais une réconciliation entre la source et la cible : nombres d’objets, empreintes cryptographiques, échecs et exclusions nommés.

Remplacer. Une base managée ne se réduit pas à ses lignes, pas plus qu’un load balancer ne se réduit à une adresse. Extensions, maintenance, haute disponibilité, endpoints, règles réseau, gestion des secrets, files, observabilité et assistance doivent trouver un équivalent. Certaines fonctions se copient, d’autres se traduisent, d’autres encore exigent une nouvelle conception.

Répéter. Une restauration réelle, un rejeu de file, un test de bascule, l’expiration d’un certificat ou le retrait d’un droit transforment une architecture de papier en preuve. Terraform rend l’infrastructure explicite et révisable, mais un apply réussi ne certifie pas le comportement d’un service managé lors d’un incident.

Faire coexister. Une migration sûre maintient généralement source et destination en activité pendant la synchronisation et les essais. Pendant cette période, deux infrastructures, deux chaînes de supervision et parfois deux dispositifs d’astreinte sont financés. Réduire ce chevauchement peut économiser de l’argent ; cela peut aussi supprimer la fenêtre pendant laquelle une anomalie se corrige sans panne.

Basculer. DNS, routes, certificats, clients API, tâches programmées, automatisations, secrets et responsabilité d’incident doivent changer d’autorité. Il faut aussi décider à quel moment l’ancien système n’accepte plus d’écritures, sous peine de créer deux états divergents.

Fermer. Le dernier registre comprend la recherche de ressources résiduelles, la facture finale, les obligations de conservation, la révocation des identifiants, les demandes de suppression et les justificatifs disponibles. Scaleway recommande de supprimer les ressources avant la fermeture du compte. Une ligne tarifaire se corrige ; une sauvegarde détruite ne se rappelle pas.

Portabilité ne signifie pas équivalence

Les outils standards abaissent effectivement le coût. Scaleway documente pg_dump et pg_restore pour PostgreSQL, ainsi que mysqldump et mysql. L’accès compatible S3 et l’infrastructure décrite dans Terraform peuvent également réduire les frottements. Mais chaque outil ne prouve que ce qu’il observe.

La réussite d’une restauration logique ne démontre pas la compatibilité des extensions, le comportement de la haute disponibilité, le délai de reprise ou la latence applicative. Une empreinte d’objet atteste l’arrivée des octets, pas la justesse d’une politique IAM. Un déploiement Terraform confirme que l’API cible a accepté une configuration, pas que l’exploitation produira le même résultat en situation dégradée.

L’« équivalence fonctionnelle » du Data Act est ici une bonne discipline : obtenir des résultats matériellement comparables pour les fonctions partagées. C’est un résultat à tester, non une étiquette à acheter.

Avant un renouvellement ou une expansion importante, une organisation devrait donc poser une question très concrète : si la sortie de données coûtait zéro demain, qu’est-ce qui empêcherait encore un départ sûr ? Elle peut y répondre avec un workload représentatif : inventaire, export, reconstruction des contrôles, restauration chez une cible, exercice de panne, mesure de la coexistence et liste des dépendances spécifiques. Le résultat n’oblige pas à quitter Scaleway. Il donne un prix d’exercice à l’option de sortie.

Les règles juridiques sont tirées du texte officiel du Data Act et de l’explication de la Commission européenne.

Les responsabilités produit proviennent des documents Scaleway sur la réversibilité du stockage, Kubernetes, les clés IAM, la migration des bases et la fermeture du compte. Aucun résultat client non public n’est supposé.

Les autres rôles documentaires sont couverts par les conditions générales de services de Scaleway, sa position multicloud de 2022 dûment attribuée, son index tarifaire par produit et sa présentation de Terraform. Ces sources fixent le contexte contractuel, commercial, tarifaire et IaC ; aucune ne prouve le résultat d’un client.