Résumé

  • Le fichier statistique étendu d’AFRINIC portant le numéro de série 20260827 contient 547 lignes IPv4 reserved, soit 4 498 432 adresses.
  • La documentation d’AFRINIC décrit trois motifs de réservation — politique, temporaire et quarantaine — tout en précisant qu’ils ne peuvent pas être différenciés dans ce fichier.
  • Ces motifs ne produisent pas le même calendrier : une règle publique, une fenêtre de facturation de 45 jours et une transition après récupération ne sont pas des états interchangeables.
  • Un état annexe, agrégé et respectueux de la confidentialité pourrait réconcilier sous-type, autorité, ancienneté et mouvements avec le total quotidien.

La comptabilité publique d’une ressource rare commence par un classement. Dans le fichier étendu d’AFRINIC daté par le numéro de série 20260827, quatre mots structurent l’IPv4 : allocated, assigned, available et reserved. Le dernier apparaît sur 547 lignes et représente 4 498 432 adresses.

Le calcul ne demande aucune hypothèse. Chaque ligne IPv4 indique une adresse de départ et une quantité ; il suffit d’additionner les quantités par statut. Sur le même relevé, on obtient 110 303 744 adresses allouées, 5 815 040 assignées et 633 088 disponibles.

Mais la précision s’arrête à la frontière du statut. Le mode d’emploi du fichier étendu définit une ressource réservée comme n’étant ni allouée ni assignée à une entité, tout en n’étant pas disponible pour l’allocation ou l’assignation. Le format d’échange des statistiques des RIR précise qu’il s’agit d’un instantané, dépourvu de détails transactionnels ou historiques.

Nous savons donc combien d’adresses se trouvaient dans cette case. Nous ne savons pas, grâce à cette case, pour quelle raison elles y étaient entrées ni selon quelle règle elles en sortiront.

Le même mot recouvre trois obligations

La page IP Resources Management d’AFRINIC ne laisse pas ce point à l’interprétation. Elle énumère trois types de réservation pratiqués par le registre : les réservations imposées par une politique, les réservations temporaires et la quarantaine. Quelques paragraphes plus loin, elle indique que le fichier statistique étendu ne permet pas de différencier les cas réservés.

Une réservation de politique tire son autorité d’une règle ratifiée. AFRINIC explique que certaines politiques l’obligent à mettre de côté un préfixe dont la taille est définie dans la documentation. Le Consolidated Policy Manual en vigueur prévoit notamment des blocs destinés aux points d’échange Internet. La page précise que les ressources réservées par politique sont enregistrées dans WHOIS.

La réservation temporaire répond à une autre logique. La quantité correspondant à une allocation ou une assignation approuvée est maintenue pendant 45 jours, le temps qu’un membre ou un demandeur règle les frais facturés. Si la facture expire sans paiement, les ressources retournent au stock disponible. Si le paiement intervient, elles peuvent passer à l’allocation ou à l’assignation. Il existe donc un événement de départ, une échéance et deux issues possibles.

La quarantaine commence avec une récupération. AFRINIC la décrit dans le cadre de la fermeture d’un membre après non-paiement des cotisations annuelles et rupture du Registration Service Agreement. Les ressources récupérées restent en quarantaine pendant une certaine période. Le registre dit conserver les données de quarantaine hors du fichier public et annonce son intention de publier ces ressources ultérieurement.

Ces descriptions ne permettent pas de répartir les 4 498 432 adresses entre les trois catégories. Elles ne prouvent même pas que chacune des trois se trouvait dans l’instantané du 27 août. Elles montrent seulement qu’un même statut public comprime plusieurs causes qui n’ont ni la même autorité, ni la même durée, ni la même sortie.

Ne pas transformer un stock en réserve mobilisable

Un total de 4,5 millions appelle une réaction intuitive : si ces adresses ne sont pas allouées, pourquoi ne pas les remettre en circulation ? La définition même de reserved interdit ce raccourci. Elles ne sont précisément pas disponibles à cette date.

Une partie peut servir un objectif de politique encore valable. Une autre peut correspondre à une demande déjà approuvée, durant la période de validité de la facture. Une ressource en quarantaine peut nécessiter une revue avant toute réutilisation. Le fichier ne dit pas quelle hypothèse s’applique à quelle ligne.

Il ne contient pas non plus la demande en attente, les dossiers de facturation, les résultats de récupération ou une prévision d’épuisement. Il serait donc infondé d’attribuer à ce total un retard d’allocation, une liste d’attente ou un effet sur un membre donné. Compter une indisponibilité n’est pas démontrer qu’elle pourrait devenir une offre immédiate.

La prudence ne doit pas produire l’effet inverse et rendre toute réservation indiscutable. Le manuel de politique indique que la conservation exige, en général, d’éviter l’accumulation et le maintien de réservations. Le même manuel impose certaines réservations à finalité publique. La tension est féconde : l’exception peut être légitime, mais elle doit rester reliée à sa justification et à son cycle de vie.

Ce qui manque n’est donc pas une accusation sur le chiffre. C’est la possibilité de poser des questions différentes à des états différents. Quelle quantité relève d’une politique ? Quelle quantité suit une horloge temporaire ? Quelle quantité attend une revue de quarantaine ? Depuis combien de temps, et vers quel prochain statut ?

Garder le standard, publier un compte annexe

Le fichier d’échange remplit la fonction pour laquelle il a été conçu. Son vocabulaire compact permet de comparer les registres et de reproduire un inventaire quotidien. L’alourdir avec les détails de chaque dossier créerait des risques réels.

Une ligne temporaire pourrait révéler qu’un demandeur a reçu une approbation avant toute apparition dans WHOIS. Une ligne de quarantaine pourrait désigner un ancien titulaire ou signaler un contentieux opérationnel. Comme les fichiers statistiques sont copiés ailleurs, une divulgation faite aujourd’hui serait difficile à retirer demain.

Il existe une voie plus proportionnée : un tableau compagnon propre à AFRINIC, versionné et réconcilié avec le total reserved. Il indiquerait, pour chaque sous-type, le nombre de lignes et d’adresses, la classe d’autorité, des tranches d’ancienneté, les entrées et sorties de la période, ainsi que la destination agrégée des sorties.

Les réservations de politique pourraient renvoyer à la section du CPM correspondante et, quand la politique l’exige déjà, à une liste de préfixes. Les réservations temporaires pourraient être réparties entre tranches de durée ou d’échéance sans révéler le demandeur. La quarantaine pourrait être décrite par tranches d’âge et points de revue sans publier le dossier d’un ancien membre.

Une valeur nulle devrait être écrite comme telle. Une cellule absente ne permet pas de distinguer l’absence de cas d’un défaut de publication. La somme des sous-types devrait retrouver les 547 lignes et 4 498 432 adresses de l’instantané, ou expliquer explicitement une différence de périmètre ou d’heure de coupure.

Les dossiers détaillés peuvent rester protégés. AFRINIC doit pouvoir conserver le préfixe, l’événement d’entrée, la règle applicable, les preuves, l’échéance, le responsable de la décision et les corrections. Le public n’a besoin que d’une projection agrégée, assez stable pour suivre l’évolution et assez sobre pour ne pas identifier un demandeur ou un ancien titulaire.

Ce que la transparence doit préserver

Une publication utile ne réduit pas la question à « montrer davantage ». Elle choisit ce qui doit devenir vérifiable. Ici, l’objet vérifiable est le passage d’un état à un autre.

Une réservation de politique devrait pouvoir être rattachée à son mandat. Une réservation temporaire devrait être rattachée à son point de départ et à son échéance. Une quarantaine devrait être rattachée à son processus de revue. Pour chacune, le total, l’ancienneté et les mouvements sont publics ; l’identité et les pièces sensibles restent protégées lorsque leur divulgation n’est pas nécessaire.

Cette architecture évite deux erreurs opposées. Elle empêche de présenter toutes les adresses réservées comme un stock dormant immédiatement disponible. Elle empêche aussi qu’une catégorie exceptionnelle se prolonge sans aucun signal public sur son âge ou son autorité.

Sources