Résumé

  • L’IANA confie à AFRINIC deux blocs contigus de 1 024 ASN : AS328704–AS329727, enregistré en 2020, puis AS329728–AS330751, enregistré en février 2026.
  • Les statistiques d’AFRINIC datent le dernier numéro de l’ancien bloc du 16 avril et les trois premiers du nouveau bloc du 17 avril. Les fichiers quotidiens rendent ces changements visibles le jour suivant.
  • Le fichier du 10 septembre ne contient que 972 lignes allocated dans l’ancien bloc ; 52 valeurs en sont absentes. Le nouveau bloc compte alors 81 lignes. Le numéro le plus élevé ne constitue donc pas un inventaire.
  • Les sources ne qualifient pas les 52 absences. Un reçu de rapprochement par bloc permettrait de publier les totaux et les états sans dévoiler les demandes des membres ni confondre délégation, routage et usage.

Le dernier numéro n’est pas le dernier état

Le 16 avril 2026, une ligne d’AFRINIC attribue l’AS329727. Le 17 avril, trois nouvelles lignes commencent par AS329728, AS329729 et AS329730. Présentée seule, cette séquence raconte une histoire familière : un bac est vide, on ouvre le suivant.

Cette lecture va trop vite. Les numéros sont consécutifs, les actes institutionnels ne sont pas pour autant contenus dans une seule file.

Le registre de l’IANA situe AS328704–AS329727 dans un bloc de 1 024 numéros confié à AFRINIC le 5 mars 2020. Le bloc contigu AS329728–AS330751 a été enregistré au nom d’AFRINIC le 25 février 2026. Dans son communiqué du 27 mars, le registre régional dit avoir reçu cette nouvelle plage, fait mettre à jour le registre de l’IANA et son propre site, puis ajouté les numéros à son inventaire.

Il s’agit du premier étage : l’IANA remet un bloc à un RIR. Le second étage intervient lorsque le RIR alloue ou assigne un ASN à un opérateur selon ses règles. L’IANA décrit elle-même cette chaîne. Un bloc « Assigned by AFRINIC » dans le registre mondial n’est donc pas la somme de 1 024 décisions déjà prises au bénéfice de réseaux.

Le fichier delegated-afrinic observe le second étage. Sa spécification est heureusement précise. Pour une ligne ASN, start est le numéro, value le nombre d’ASN couverts, date la date de l’allocation ou de l’assignation effectuée par le RIR qui produit le fichier, et status le type de cet acte. La spécification ajoute que ce statut n’est pas celui d’une sous-délégation réalisée par une autre agence.

Dans le fichier du 10 septembre, AS329727 porte NG, la date 20260416 et le statut allocated. Les trois lignes suivantes portent respectivement GH, KE et TZ, la date 20260417 et le même statut. Les codes pays décrivent le pays d’établissement juridique du détenteur ; le format avertit qu’ils ne localisent pas de manière fiable l’usage des ressources. Ces lignes sont un registre administratif, pas une carte du trafic africain.

Trois fichiers quotidiens, deux horloges

Les archives des 16, 17 et 18 avril permettent de reconstituer la visibilité publique sans inventer l’heure d’une opération interne.

Le fichier daté du 16 avril ne contient ni AS329727 ni AS329728. Celui du 17 avril ajoute AS329727, tout en inscrivant le 16 avril dans le champ de date de la ligne. Il n’affiche pas encore AS329728. Le fichier du 18 avril ajoute les trois premiers numéros du nouveau bloc et leur conserve le 17 avril comme date d’allocation.

Une date de fichier et une date de ligne ne sont donc pas interchangeables. La première fixe un instantané publié ; la seconde documente l’acte décrit. Le décalage d’une journée observé ici n’est ni une anomalie démontrée ni une preuve de lenteur. Il montre seulement pourquoi un observateur sérieux doit conserver les deux repères.

On peut affirmer que la date enregistrée pour le dernier numéro de l’ancien bloc précède d’un jour celle des premiers numéros du nouveau bloc. On peut également affirmer que les fichiers publics ont rendu ces deux états visibles dans leurs éditions du 17 et du 18 avril. On ne peut pas déduire l’heure de réception des demandes, l’ordre d’approbation, la facturation, la réservation interne ou l’exécution d’un lot.

Cette distinction paraît tatillonne jusqu’au moment où une institution est évaluée sur un délai. Une statistique quotidienne ne devrait pas être transformée en journal transactionnel à la seconde. Elle reste néanmoins assez fine pour montrer le franchissement de la frontière.

Compter le bloc entier change le récit

La plage AS328704–AS329727 contient exactement 1 024 entiers. Une énumération du fichier du 10 septembre trouve 972 lignes d’un ASN, marquées allocated, à l’intérieur de cette plage. Cinquante-deux valeurs n’ont pas de ligne correspondante. Les proportions sont de 94,921875 % présentes et de 5,078125 % absentes.

Surtout, les absences ne forment pas une queue régulière. Elles sont dispersées. La plus grande valeur absente est AS329708, tandis que les numéros AS329709 à AS329727 figurent tous dans le fichier. Un indicateur qui ne garderait que « numéro maximal observé : 329727 » placerait visuellement le curseur à la fin du bloc et effacerait 52 états non expliqués derrière lui.

Le nouveau bloc complète l’image. Au 10 septembre, 81 valeurs entre AS329728 et AS330751 disposent d’une ligne allocated; 943 n’en ont pas. La première est AS329728, datée du 17 avril. La dernière est AS329808, datée du 8 septembre, soit un écart calendaire de 144 jours entre les deux dates de ligne.

Ces chiffres ne mesurent pas une vitesse de demande. Le fichier ne compte ni candidatures, ni refus, ni dossiers en attente. Il ne révèle pas pourquoi un numéro précis a été choisi. Il ne teste pas la présence dans BGP et ne prouve pas qu’un réseau fonctionne. L’existence d’une ligne et l’activité opérationnelle appartiennent à des observations différentes.

Le calcul accomplit une tâche plus étroite et plus utile : il interdit de confondre le franchissement de la dernière valeur avec une délégation complète des 1 024 valeurs antérieures. Il ne nous autorise pas à remplir le silence par un scénario concurrent.

Résister au besoin de baptiser les absences

Une valeur qui ne figure pas dans un fichier peut être tentante à classer. Disponible ? Réservée ? Retournée ? Bloquée ? Supprimée ? Chacune de ces catégories existe dans certains systèmes d’inventaire, mais aucune n’est attribuée aux 52 valeurs par les documents examinés.

La norme d’échange définit les lignes présentes. Elle ne promet pas un lexique exhaustif des états internes d’AFRINIC. La page de gestion des ressources énumère les blocs administrés et explique les grandes étapes des demandes, mais ne fournit pas un registre public, valeur par valeur, des réservations ou des motifs d’absence.

La formulation exacte est donc la suivante : 52 numéros de l’ancien bloc sont absents du fichier délégué daté du 10 septembre. C’est une conclusion positive, reproductible et attachée à une source. Elle peut être révisée proprement si un fichier ultérieur ajoute une ligne, corrige une date ou publie une nouvelle catégorie.

Dire davantage créerait un paradoxe. L’analyse réclamerait de la transparence tout en fabriquant elle-même l’état que le registre n’a pas publié. Une gouvernance probante commence par une frontière nette entre le constat et l’explication.

Quatre questions cachées dans un seul compteur

Pourquoi le numéro maximal séduit-il autant ? Parce qu’il est bon marché, lisible et apparemment monotone. Il permet d’annoncer une progression sans exposer les dossiers des membres. Mais il mélange quatre questions.

Jusqu’où la séquence numérique a-t-elle avancé ? Combien de lignes de délégation publiques existe-t-il ? Combien de numéros se trouvent dans chaque état administratif de l’inventaire ? Combien d’ASN sont observables dans le routage et associés à une activité réelle ?

Le maximum répond à la première question. Le comptage du fichier aide à répondre à la deuxième. La troisième exige des catégories supplémentaires. La quatrième réclame des mesures BGP et reste encore distincte de l’usage commercial. Remplacer les quatre par un seul curseur donne une simplicité qui ne survit pas à l’audit.

Rien n’impose par principe qu’un registre consomme un bloc comme une pile parfaitement compacte. Des identifiants peuvent être sautés, retenus, rendus ou corrigés. La présente enquête ne dit pas lequel de ces mécanismes, s’il y en a un, explique les 52 valeurs. Elle ne montre ni demande refusée ni pénurie. Elle montre que la publication favorise un signal de séquence très visible sans fournir le rapprochement qui empêcherait de le prendre pour un solde.

Le reçu de rapprochement qui manque

AFRINIC pourrait combler ce vide sans rendre publics les plans d’affaires, les contrôles de fraude ou la correspondance des membres. Pour chaque bloc IANA, un reçu versionné suffirait.

Il identifierait la plage, sa taille et sa date d’enregistrement en amont. Il nommerait le fichier délégué utilisé, sa date et son empreinte cryptographique. Il compterait les lignes allocated et assigned, puis le résidu absent. Selon le niveau de confidentialité choisi, ce résidu pourrait être publié comme liste, comme empreinte stable ou comme totaux par codes de raison assez larges.

Le reçu séparerait la date inscrite dans une ligne de la première édition quotidienne où elle apparaît. Il conserverait les versions antérieures, daterait les corrections et identifierait la responsabilité de validation. S’il existe des états tels que réserve, attente, restitution ou examen, AFRINIC pourrait en publier la définition et le total sans révéler le dossier concerné.

Deux avertissements doivent accompagner le tableau. Une ligne de délégation n’est pas une preuve de visibilité BGP ni de service actif. L’absence de ligne n’est pas une preuve de disponibilité.

Le résultat serait moins spectaculaire qu’une jauge d’épuisement, mais bien plus solide. Le public pourrait reproduire 1 024 = 972 + 52, voir les 81 lignes du nouveau bloc, comparer deux journées et s’arrêter là où l’information s’arrête. La confiance institutionnelle vient moins d’un récit sans trous que d’une comptabilité qui donne un nom à ses limites.

Sources