Résumé

  • Le rapport non audité du premier semestre 2026 fait état de 20 790 dollars de CAPEX MyAFRINIC v2, pour une enveloppe approuvée de 650 000 dollars. Le rapport de 3,198 % est financier ; ce n’est pas un taux d’achèvement.
  • Le procès-verbal d’AFRINIC-37 du 24 juin dit que les ressources humaines d’AFRINIC avaient été orientées vers le projet, attendu avant la fin de l’année avec un périmètre limité. Il ne chiffre ni effectifs, ni temps, ni coût interne.
  • Le budget qualifie l’ancien portail de système en fin de vie, de point unique de défaillance et de frein aux améliorations des politiques, de RPKI et de RDAP. Il décrit un risque, pas un incident observé.
  • Une passerelle de ressources devrait distinguer effort interne, charges d’exploitation, engagements, factures d’investissement, décaissements, jalons acceptés et risque résiduel.

Une dépense comptable n’est pas une journée d’ingénieur.

Cette différence élémentaire disparaît lorsqu’on rapproche deux publications d’AFRINIC. Dans le procès-verbal d’AFRINIC-37, tenu le 24 juin 2026, le personnel explique que les ressources humaines ont été canalisées vers MyAFRINIC v2. Le projet, relancé après plusieurs années de contraintes budgétaires et de ressources, devait être mis en service avant la fin de 2026. Pour tenir ce cap, AFRINIC disait vouloir limiter le périmètre et éviter son élargissement continu.

Le rapport financier non audité du premier semestre, arrêté six jours plus tard, montre une autre dimension : 20 790 dollars de dépenses en capital réelles pour MyAFRINIC v2, contre 650 000 dollars approuvés.

On pourrait lire « toute l’équipe » d’un côté et « presque aucune dépense » de l’autre. Ce serait fabriquer une comparaison que les documents ne permettent pas. La première formule parle de priorité opérationnelle. La seconde appartient à un tableau CAPEX. Le travail salarié peut rester en charges d’exploitation ; un contrat peut être engagé sans être payé ; une facture peut arriver après livraison ; un paiement peut précéder la réception. AFRINIC ne publie pas la méthode qui relie ces états au projet.

Un ratio comptable, pas un thermomètre de livraison

Le calcul de 20 790 sur 650 000 donne environ 3,198 %. Pour l’ensemble du tableau, 42 053 dollars de CAPEX effectif sur 1 265 875 dollars approuvés donnent environ 3,322 %.

Ces pourcentages répondent à une question précise : quelle part de l’enveloppe annuelle apparaît comme dépense en capital effective au 30 juin ? Ils ne répondent pas à la question de savoir quelle part du logiciel était conçue, codée, testée ou utilisable. Les appeler « avancement » reviendrait à changer l’unité de mesure après le calcul.

Une dépense majeure peut être décalée vers le second semestre. Un jalon contractuel peut déclencher une facture seulement après une recette. Du développement interne peut produire beaucoup de travail sans faire croître la ligne CAPEX de la même façon. L’inverse existe aussi : une facture payée ne prouve pas que la fonctionnalité a passé les tests ni que la migration est réversible.

La meilleure défense d’AFRINIC est donc simple. La faiblesse du chiffre intermédiaire ne démontre ni retard, ni marché absent, ni échec. La date butoir de fin d’année n’était pas échue. Les sources contrôlées ne signalent pas de test utilisateur raté, de contrat annulé ou de livraison abandonnée. L’analyse doit conserver cette limite.

Ce que la formule sur les ressources humaines laisse ouvert

Le mot « toutes » dans le compte rendu est large. Il ne peut raisonnablement signifier que chaque salarié avait cessé la facturation, le support, la sécurité ou les opérations du registre. La réunion elle-même montre que ces fonctions continuaient. La formule exprime plutôt une concentration de la capacité disponible. Elle ne fournit cependant ni période, ni équipes, ni pourcentage d’affectation.

Le rapport Q2 contient une ligne RH globale : 822 142 dollars réalisés, sur 2 901 811 dollars prévus pour l’année, soit 28 %. Cette donnée ne résout rien au niveau du projet. Elle ne sépare pas MyAFRINIC v2 des services aux membres, des systèmes techniques, de la conformité ou du fonctionnement quotidien. Il serait impossible d’en extraire le coût du portail sans inventer une clé de répartition.

Plusieurs traitements sont possibles. Le temps du personnel peut rester dans les charges courantes. Une partie du développement peut être fournie par un prestataire. Certains travaux peuvent être immobilisés si la politique comptable le permet. Le mélange peut changer selon les phases. L’article ne choisit pas entre ces hypothèses : aucune n’est établie par le dossier public.

Ce vide a une conséquence concrète. Si le travail interne n’entre pas dans la ligne projet, 20 790 dollars sous-estiment les ressources totales tout en restant un chiffre CAPEX exact. Si des obligations n’étaient pas encore facturées, le montant sous-estime l’exposition contractuelle à la date de clôture. Si un lot avait été livré mais pas accepté, la dépense ne dirait toujours pas ce que le registre pouvait exploiter.

Pourquoi l’effort mérite d’être compté

Le Budget approuvé 2026 fournit le motif. AFRINIC y écrit que MyAFRINIC v1 avait été déclaré en fin de vie cinq ans auparavant. Le portail représentait, selon l’organisation, un point unique de défaillance et un goulot d’étranglement pour l’application des politiques ainsi que les améliorations RPKI et RDAP. Son remplacement constituait la plus grande dépense de 2026.

Ces affirmations définissent le risque que le projet doit réduire. Elles ne prouvent pas qu’une panne est survenue pendant le semestre. Elles montrent en revanche pourquoi le coût ne se limite pas à une facture. Mobiliser des équipes sur la plateforme signifie différer d’autres développements, arbitrer des tests, réduire le périmètre et décider quelles dépendances restent provisoirement dans l’ancien système.

AFRINIC-37 donne un exemple : pour la proposition sur les noms hiérarchiques d’AS-SET, le personnel indiquait que l’implémentation serait priorisée après MyAFRINIC v2. D’autres politiques ratifiées dépendaient également du portail. Ce délai ne rend pas la priorité illégitime. Il en révèle le coût d’opportunité, absent d’un tableau limité aux immobilisations.

La passerelle minimale

AFRINIC n’a pas besoin de publier les feuilles de temps individuelles, les salaires, le code source, les fournisseurs ou la topologie de sécurité. Une fiche trimestrielle peut rester agrégée et néanmoins utile.

Elle commencerait par la version du périmètre et la date d’arrêté. Elle montrerait séparément l’enveloppe approuvée, la valeur engagée, les factures reçues, les paiements, le CAPEX reconnu et les charges d’exploitation attribuées. L’effort interne pourrait être présenté par familles d’équipes et tranches de mois-personnes, sans noms ni rémunérations.

À côté des coûts, la fiche indiquerait des jalons acceptés. Une migration d’identité, un flux de gestion de ressources, une réconciliation de données, un test de retour arrière ou une campagne d’acceptation par les membres sont des objets vérifiables. Un écran de connexion ne vaut pas réception de toutes les fonctions. La mise en ligne du portail ne vaut pas mise en œuvre de toutes les politiques qui en dépendent.

Enfin, la fiche conserverait le travail retiré du périmètre et le risque résiduel. Limiter le champ peut être une excellente décision de livraison. Mais si le projet rétréci remplace silencieusement le projet initial dans l’historique, personne ne peut ensuite distinguer réussite, report et abandon. Une correction devrait ajouter un état, non effacer le précédent.

Une conclusion volontairement étroite

AFRINIC a publié de vrais éléments : une enveloppe, un réalisé semestriel et une explication de la concentration des moyens. Il faut créditer cette transparence. La page des documents financiers permet d’identifier l’origine des fichiers, et le rapport signale correctement son caractère non audité.

Mais les deux mesures ne se rejoignent pas. Le chiffre de 20 790 dollars ne dit pas combien de travail interne le projet a consommé. La phrase sur les ressources humaines ne dit pas combien ce travail a coûté, ni quel jalon il a produit. Aucun de ces manques ne permet de conclure à l’échec.

La correction consiste à publier la règle de passage : quelles ressources entrent dans le coût du projet, quand un engagement devient facture ou paiement, qui accepte un jalon et quel risque de l’ancien portail disparaît alors. MyAFRINIC v2 a été présenté comme la réponse à un point unique de défaillance. Son compte rendu ne devrait pas dépendre d’un chiffre unique auquel chacun attribue un sens différent.

Sources